Duong Le Thai, chirurgien et sculpteur

Chirurgien orthopédiste issu d’une dynastie de médecins, Duong Le Thai peint et sculpte des œuvres qui se jouent de la gravité et de la pesanteur. Heureux avec ses deux passions, il revient sur son parcours et sa démarche artistique.

What’s up Doc : Comment cohabitent vos deux passions ? 

Duong Le Thai : Je pratique le dessin et la peinture depuis le lycée. J’ai suivi une formation de gravure et de sculpture à l’École des beaux-arts de Versailles et beaucoup pratiqué le dessin de modèles vivants. Après une pause pendant mes années de médecine, j’ai recommencé à peindre pendant mon internat de chirurgie à Lille. Maintenant, mon exercice est stabilisé avec de la chirurgie programmée, et je peux aménager mon planning pour conjuguer les deux activités. 

WUD : Quels sont vos maîtres, vos sources d’inspiration ? 

DLT : En matière de dessin, Egon Schiele, en sculpture, Tony Cragg, Henry Moore ou Louise Bourgeois. J’aime créer des formes nouvelles, saisir l’instant T. Mes voiles de bronze reproduisent leur ondulation dans le vent. Je crée des formes éphémères connues mais insolites quand elles restent pérennes, figées devant nos yeux. Les collectionneurs qui achètent mes œuvres aiment être surpris par mon travail. 

WUD : Vous utilisez les nouvelles technologies ? 

DLT : J’utilise beaucoup l’informatique dans ma pratique chirurgicale et je dessine à la palette graphique. Mes sculptures sont conçues à partir d’une forme figurative créée en 3D. Des logiciels de cinéma, dits « de particules », me permettent d’obtenir des formes fluides, de jouer avec la gravité, la viscosité, l’attraction. Une fois satisfait du rendu, je supprime la forme initiale pour ne conserver que l’enveloppe liquide. J’imprime alors mon œuvre en résine au format réel, elle sera coulée en bronze à l’atelier Rossini. 

WUD : Quels points communs entre sculpture et chirurgie ? 

DLT : La notion artistique est très importante en chirurgie. L’interaction entre l’orthopédie et la sculpture passe par la chair, le sang, les muscles qu’on devine derrière mes œuvres. Je travaille la forme humaine en 3D comme mes sculptures. Il n’y a pas d’antagonisme entre mes deux activités et mes patients n’éprouvent aucune gêne à être soignés par un chirurgien qui est aussi sculpteur. 

WUD : Qu’est-ce que l’art a changé dans votre vie de médecin ?

DLT : L’art « distingue », crée une différence par rapport aux autres. Quand j’étais interne, j’ai un peu profité de cette double qualité d’artiste et de médecin. J’ai pris du recul avec les concours et les galeries. Je serai l’un des 3 invités d’honneur au prochain salon « Art sur le fil 2019 », du 13 au 16 juin à la Halle au blé d’Alençon, où je présenterai mes suspensions. En septembre, j’exposerai à l’exposition « Dialogues » à l’ancien musée de Grenoble. 

WUD : Et si vous deviez choisir entre ces deux métiers ? 

DLT : Je suis assez pragmatique. Je ne pourrais pas vivre de mon art sculpté et j’adore la chirurgie. Opérer me plaît beaucoup et me permet de gagner ma vie. Alors pourquoi choisir puisque je peux faire les deux ! 

 

Source: 

http://le-thai.com 

Portrait de Angela Herrmann

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