Dr David Bensoussan : « La téléassistance chirurgicale permet d’opérer un patient avec l’aide d’un confrère expert du domaine sans qu’il soit présent au bloc »

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David Bensoussan, chirurgien vasculaire, a fondé Rofim, une plateforme de télémédecine, qui propose une téléassistance chirurgicale pour opérer avec l’aide visuelle et auditive d’un expert du domaine à distance. Innovation qui, selon lui, a dépassé ses ambitions. Rencontre.

Dr David Bensoussan : « La téléassistance chirurgicale permet d’opérer un patient avec l’aide d’un confrère expert du domaine sans qu’il soit présent au bloc »

© Rofim

What’s up Doc : Quel est votre parcours ? 

David Bensoussan : J'ai fait toutes mes études à Marseille et j'ai été chef de clinique à l’AP-HM. Après mon clinicat, je me suis mis à temps partiel et j’ai exercé à l'étranger. C’est à ce moment-là, il y a 8 ans, que j’ai co-fondé Rofim. Depuis, j'ai repris une activité à temps plein à l'hôpital en tant que chef de service à La Timone. Pour Rofim, j'interviens désormais sur les prochaines innovations que nous souhaitons développer. 

 

Rofim propose un dispositif de téléassistance chirurgicale, en quoi cela consiste-t-il ?

DB. : La téléassistance chirurgicale permet d'être assisté à distance par un chirurgien expert de la procédure en question. L’objectif est que ni le patient, ni l’expert soient obligés de se déplacer. Concrètement, le chirurgien qui va opérer le patient va recevoir l’aide « en live » d’un confrère spécialisé via une assistance visuelle et auditive.

L’expert derrière son écran peut avoir accès aux différentes images de baroscopie, thoracoscopie ou même des outils à rayon X dans le cadre d’opération par radiologie interventionnelle.

Durant toute la durée de l’opération, le chirurgien peut échanger avec l’expert grâce à un casque et un micro : le kit mains libres.

Niveau logistique, il y a deux caméras qui permettent de voir le champ opératoire. Les différents écrans de scopies sont branchés à l'ordinateur et grâce à des lunettes connectées, le chirurgien retransmet en direct ce qu’il voit sans décalage.

 

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Dans quel cadre avoir recours à des experts est utile ?

DB. : Les chirurgiens sont évidemment qualifiés, mais certaines interventions rares demandent une aide extérieure. Et on demande aux patients leur accord avant toute intervention. C’est obligatoire.

À l’origine, je pensais que cette technologie serait utilisée uniquement dans le cadre de chirurgies complexes. Mais, il y a bien d’autres champs d’actions possibles, comme les opérations militaires ou le proctoring.

 

« À l’origine, je pensais que cette technologie serait utilisée uniquement dans le cadre de chirurgies complexes. Mais, il y a bien d’autres champs d’actions possibles, comme les opérations militaires ou le proctoring. »

 

Quels retours des praticiens avez-vous eu ?

DB. : Les chirurgiens adhèrent à cette technologie. Les demandes ont largement augmenté et on a un champ d'action plus large que ce que j'avais imaginé au départ. 

Nous avons eu d'excellents retours ! Nous avons par exemple pu réaliser une chirurgie entre Papeete (Polynésie) et Gustave Roussy (Paris), à plus de 10 000 kilomètres.

Il a aussi été possible de réaliser une opération in vitro en téléassistance dans le cadre d’une urgence. 

 

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Envisagez-vous de développer cette technologie pour les facultés de médecine ?

DB. : Complètement. Je pense qu’on y arrive très bientôt. Il y a déjà de la retransmission vidéo du bloc opératoire pour les étudiants mais ce sont souvent des caméras statiques posées sur les scialytiques.

Le système de téléassistance peut être très utile dans le cadre des études parce qu’il y a un échange oral avec l’expert qui peut expliquer ses gestes, tout en ayant une caméra qui suit l’œil du chirurgien. S’il bouge les yeux, même sans bouger la tête, la caméra va suivre. C'est ultra précis ! 

Pour avoir été formé pendant 5 ans en chirurgie, je vois que ça peut apporter énormément de choses, surtout pour les chirurgies rares. Même s’il n’y a qu’une ou deux interventions en plusieurs mois, avec la téléassistance, tous les internes de la spécialité pourront y assister dans des conditions quasiment réelles.

 

« Le système de téléassistance peut être très utile dans le cadre des études parce qu’il y a un échange oral avec l’expert qui peut expliquer ses gestes, tout en ayant une caméra qui suit l’œil du chirurgien. »

 

Niveau tarif, combien coûte ce dispositif ?

DB. : Pour les lunettes et le casque, il y a différents types de modèles entre 2000 et 4000 €. C’est un coût, mais une fois qu'il est acheté par un hôpital, il est disponible pour tout l'établissement. Après, une licence coûte une centaine d'euros à l’année. 

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