Distributeurs automatiques de vêtements à l’hôpital : efficacité VS déshumanisation

L’AP-HP vient de lancer les distributeurs automatiques de vêtements (DAV) à l’hôpital Paul Brousse et dans un secteur de l'hôpital Bicêtre. Gain d’efficacité, économies ou déshumanisation ? Ou les trois ? Ou ni l'un ni l'autre ?

Après les robots chirurgicaux, les robots qui effectuent des prises de sang, le rangement et le tri de médicaments ou assistent le personnel soignant pour soulever des patients d'un lit vers un fauteuil roulant. Après les boîtes noires enregistrant les gestes chirurgicaux dans les blocs opératoires, l’AP-HP vient de lancer les distributeurs automatiques de vêtements (DAV) à l’hôpital Paul Brousse et dans un secteur de l'hôpital Bicêtre. Alors, heureux ?

C’est ce que vient de dévoiler sur Twitter le Dr Christophe Trivalle qui, avec un brin d’ironie, trouve que « la déshumanisation de l’hôpital public progresse bien », ce qui a fait dire au Dr Jean-Jacques : « il faut bien leur reconnaitre que nos directions (#APHP) ont toujours une longueur d'avance en termes d'inhumanité ».

Contacté par WUD, un cadre de gériatrie de Paul Brousse nous explique que cela fait un an que la direction de son hôpital a lancé le projet pour trouver des financements. On lui a récemment fourni un joli petit livret (non, pas un livret rouge) et dispensé une formation express (une demi-heure) pour apprendre à utiliser les DAV. En cas de problème, le service de maintenance est censé répondre 7j/7, 24h/24. Enfin, sur le papier…

Selon lui, les DAV sont mis en place « car les trois postes de lingères dans notre bâtiment sont supprimés. Ce sont des anciennes aides-soignantes qui sont en restriction (reclassement, NDLR) qui avaient été placées là pour trouver un travail adapté ». Avec la mise en place des DAV, les lingères se volatiliseront et « la charge de travail qui leur incombait sera répartie sur un autre service de lingerie qui ne fait pas partie de ce bâtiment là », précise le cadre de santé. 

Quelles seront les conséquences concrètes en termes d’organisation de ces nouvelles machines dernier cri ? Côté inconvénients, l’arrivée de ces DAV coïncide à Paul Brousse avec la suppression de trois postes de lingères « qui nous aidaient bien, cela engendre donc une déshumanisation de notre travail, déplore le cadre de santé. Auparavant, on allait chercher les blouses et on échangeait avec la lingère. Quand on avait des demandes, on pouvait leur en faire part. Et quand des nouveaux agents n’étaient pas encore enregistrés, on pouvait aller directement chercher le linge sans passer par ce système. »

Cela ne sera désormais plus possible dans ce service, car les agents devront s’enregistrer au préalable auprès de la machine pour que leurs vêtements puissent être distribués par ce nouveau système automatique. Conséquence : « Tant qu’ils ne seront pas enregistrés dans la machine, ils seront obligés d’aller chercher leur vêtements dans une lingerie d’un autre bâtiment de l’hôpital… » Pratique.

Une tenue propre tous les jours

Côté avantages, « avec le nouveau système, on est sûrs d’avoir une tenue propre tous les jours, explique le cadre le santé. Car, parfois, les lingères n’avaient pas reçu assez de tenues, ou alors elles avaient été distribuées à d’autres personnes, ou elles n’avaient pas la bonne taille pour les agents. Donc, des fois, des agents devaient mettre deux à trois jours la même tenue. »

Pour le cadre de santé, c’est donc une bonne avancée, même si « il va falloir voir au long cours si cela va bien fonctionner ». Avec, sans doute, la perspective de ne plus pouvoir revenir en arrière…

Mais ces nouvelles machines sont loin de faire l’unanimité. À l’image de ce Twittos : « Mon compagnon a ça sur son nouveau site ! Super efficace... deux jours sur trois, il n’a pas sa taille !!! Il râlait tous les jours en rentrant. Maintenant, il fait comme les autres, il stocke... »

Quant à David Fremiot, ancien candidat de la liste Front de Gauche à Paris, il imagine déjà l’hôpital du futur. « La dématérialisation du courrier pour supprimer les vaguemestres et les secrétaires. Le courrier sera dicté sur Orbis et partira directement chez la Poste après que le personnel soignant l'ait vérifier ».

Sur le plan financier, même si le remplacement d’agents par des machines pourrait permettre de faire des économies, ces économies s’inscrivent encore en pointillés… À l’image des robots chirurgicaux. Car, non seulement, leurs gains d'efficacité ne font pas l'unanimité. Mais aussi l'achat des équipements, leur entretien, les produits consommables et la formation des équipes coûtent un max de pognon, expliquait La Croix :

« L'AP-HP va ainsi débourser 52 millions d'euros pour les neuf robots da Vinci acquis en fin d'année dernière, en incluant l'achat des équipements, leur entretien, les produits consommables et la formation des équipes. Bien qu'étalée sur 7 ans, une telle dépense est un défi pour l'AP-HP, qui réduit drastiquement ses effectifs non médicaux en raison de comptes dans le rouge. » CQFD.
 

Portrait de Julien Moschetti

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