Des conditions d’accueil « indignes » au CH du Rouvray

Dans cet établissement spécialisé en santé mentale situé à Rouen, où la suroccupation des unités atteint 107%, la création de 30 postes de soignants en juin 2018, après une grève de la faim du personnel, n’a pas suffi. Le rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté, publié le 26 novembre au JO, est glaçant. 

On savait le secteur de la psychiatrie en asphyxie complète. Mais sans imaginer précisément ce que vivent au quotidien les patients qui y sont hospitalisés. Pas d’intimité, pas de sanitaires, pas de liberté de mouvement, des mises à l’isolement injustifiées, des enfants mélangés aux adultes et victimes de violences…
Du 7 au 18 octobre 2018, 12 contrôleurs ont visité le centre hospitalier du Rouvray (Seine-Maritime) qui regroupe 27 unités d’hospitalisation à temps complet - dont 21 sont des unités fermées - soit près de 500 lits au total.
Cette visite a lieu 18 mois après la fin d’une mobilisation extrême du personnel du CH : 78 jours de mobilisation et 2 semaines de grève de la faim, pour finir par obtenir en juin 2018 la création de 30 postes de soignant supplémentaires.
Mais ces moyens n’ont pas suffi. La sur-occupation des chambres rend les conditions d’accueil « indignes » : sanitaires collectifs et mal entretenus, mobilier cassé, trous percés dans les portes, rendant impossible la moindre intimité, etc. Des restrictions de circulation anormales sont aussi pointées du doigt, y compris pour les patients en soins libres, les soignants n’étant pas disponibles pour ouvrir et fermer les portes des unités.
 

Isolements injustifiés

Le nombre insuffisant de personnels médicaux a de graves répercussions sur les pratiques d’isolement. Certains patients sont maintenus à l’isolement plus longtemps que leur état ne le nécessiterait par manque de surveillance médicale (médecins senior en nombre insuffisant notamment). Par ailleurs « les conditions matérielles d’isolement sont souvent indignes : chambres d’isolement équipées de seaux hygiéniques, absence de bouton d’appel, port systématique du pyjama de l’hôpital au prétexte de limiter le risque de fugue ». Cette banalisation du recours à l’isolement est contraire à tous les textes législatifs (art 72 de la loi du 26/01/2016) et recommandations en vigueur (HAS, février 20174), selon lesquels l’isolement et la contention doivent toujours constituer des pratiques de dernier recours.

Enfants et adultes mélangés 

Des patients mineurs de 16 ans, et parfois de 12 ans, se retrouvent hospitalisés dans des unités pour adultes, faute de places suffisantes dans l’unité de pédopsychiatrie. Des incidents graves découlent de cette situation : propos et gestes violents de la part de patients adultes, parfois de nature sexuelle ou relatifs à la consommation de produits stupéfiants.
L’établissement « doit mobiliser l’ensemble de ses ressources afin de les faire immédiatement cesser » et « très rapidement établir un projet médical », conclut le rapport. Très mobilisé pour obtenir davantage de moyens et améliorer la prise en charge de ses patients, le secteur de la psychiatrie avait lancé un SOS quelques jours avant l’annonce du Plan d’action pour l’hôpital du gouvernement
 

Portrait de Sophie Cousin

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