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Ancien neurochirurgien à la Pitié-Salpêtrière, Marc Lévêque exerce aujourd’hui en libéral à Marseille. Comme beaucoup d’autres, le médecin confie s’efforcer d’agir de la meilleure des façons avec son patient. Mais, après un simple examen en ambulatoire, il avoue que rien ne remplace l’expérience d’être « de l’autre côté du brancard. On réalise à quel point chaque intervenant met du cœur dans son travail. Et quand on est patient, on est forcément dans une position de vulnérabilité : on y est beaucoup plus sensible. »
Se reconnecter aux émotions du patient
La première chose qui a frappé Marc Lévêque, c’est l’attente. Avant l’admission, avant l’intervention, avant l’anesthésie, après le réveil, puis le compte-rendu du médecin. « C’est l’exact opposé de notre quotidien », affirme-t-il. Pour la première fois depuis longtemps, le neurochirurgien a ressenti de l’ennui dans l’enceinte d’un hôpital. « On est immobile, allongé, seul. La seule chose que nous pouvons faire c’est observer. »
L’angoisse rend aussi perméable à l’hypervigilance : le ton de la voix de l’infirmière, le silence, les regards, les alarmes, les interactions de l’équipe médicale. « Des choses qu’on ne remarque pas lorsqu’on exerce, trop concentrés sur nos gestes. »
Finalement, le seul moment où le patient est concerné par la situation, il est endormi. « Il y a donc l’attente avant, un vide pendant, puis l’attente après. » Marc Lévêque insiste : il sait comment se passe une intervention. Il sait que le langage non-verbal des soignants est important. « Mais c’est différent de le vivre, c’est une vraie piqure de rappel. On prend conscience de beaucoup de choses, et surtout du rôle des infirmières, aides-soignantes et brancardiers. »
L’importance du collectif
Première (re)prise de conscience pour Marc Lévêque : l’empathie des brancardiers. « En tant que médecins, on les voit peu : ils amènent le patient, puis repartent. Et on a tendance à les remarquer surtout quand il y a du retard. Un peu comme les trains. » Pourtant, du point de vue des patients, c’est un élément clé. « Le brancardier parle pour rassurer et fait des blagues pour détendre. »
Même constat pour les infirmières et aides-soignantes : ce sont les interlocutrices n°1 des patients. Pour le médecin, l’infirmière assiste et effectue des gestes techniques. Mais, de l’autre côté, elles sont en premières lignes. « L’infirmière a pris du temps pour échanger, rassurer, expliquer. C’est précieux. »
En se confiant, Marc Lévêque avoue se sentir honteux : « Tout ce que je vous dis est assez banal, finalement. J’en ai presque un peu honte mais j’ai l’impression d’avoir gagné un supplément d’âme. Ça m’a sorti d’une vision trop technique, et ça m’a reconnecté à l’ensemble du métier. »
Écouter et prendre le temps
Le neurochirurgien est aussi spécialisé en chirurgie de la douleur au sein de laquelle la dimension psychologique est importante. Marc Lévêque a même commencé son internat en psychiatrie avant de changer de trajectoire. Donc, l’empathie et l’écoute sont centraux dans sa pratique. « Pourtant, j’ai compris que penser bien faire n’est peut-être pas suffisant. »
Ce « stage de patient », il l’assume, a amélioré sa pratique. « Je ne veux plus enchaîner les gestes et passer à côté de l’aspect humain, par manque de temps, parce qu’on est débordés. »
Le neurochirurgien insiste : « On a, dans ce métier, un accès privilégié à l’intime. » Le patient accorde sa confiance au praticien et vit parfois des moments compliqués. Marc Lévêque invite ses confrères et consœurs à ne pas négliger leur rôle social. « Les patients se livrent quand on va les voir, le soir à leur chevet par exemple. Ils racontent des choses profondes, que peu de gens ont l’occasion d’entendre. C’est une part formidable de ce métier. »
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