Cyber héro

Ciné week-end : Nerve, de H.Joost & A. Schulman (sortie le 24 août 2016)

Clinique d'une addiction : comment un jeu en réseau devient le catalyseur de comportements addictifs en cristallisant les obsessions de l'époque. Un film aussi malin que réaliste...

Bonne nouvelle, la rentrée cinématographique démarre plutôt bien ! Dans la catégorie des films visant à refléter fidèlement leur époque, Nerve s'en sort avec les honneurs. Pourquoi ? Parce qu'il ne se contente pas d'être réaliste, en poussant le principe du jeu en réseau jusqu'à l'extrême. Son hyper-réalité va basculer dans un cauchemar tout à fait crédible... dans lequel nous vous recommandons de plonger, bien que la dernière partie, un peu trop convenue, nous ait laissé sur notre faim (mais après tout, l'addiction repose sur la frustration).

Pour faire court, le film décrit une sorte d'Ice Bucket Challenge permanent, interactif et polymorphe. Plus le défi est dur, plus il est rémunérateur : les joueurs (les players) sont financés par d'impitoyables supporters (les watchers). L'intrigue s'attarde sur une jeune ado fragile qui s'engouffre dans la frénésie du jeu...

D'un point de vue addictologique, un parallèle intéressant peut être dressé entre Nerve et Pokemon Go : recherche de sensations et de nouveauté, chasing, nécessité d'augmenter la dose, renforçateurs primaires (versements bancaires instantanés) et secondaires (popularité croissante), développement ultra rapide d'une dépendance authentique puisque marquée par l'impossibilité de revenir en arrière... Mais Nerve se situe clairement un cran au dessus des Pokemons. On est loin de la dépendance pépère - pour peu qu'elle existe - que pourraient développer les chasseurs de Piafabecs et autres Psykokwaks !

A cette dimension addictive classique - représentée par la catégorie des players - se superpose une compulsion plus intéressante, peut-être parce que typiquement actuelle : celle des watchers. Ou comment la pulsion scopique et l'impunité permise par l'effet de groupe et l'anonymat semblent développer une réelle addiction au voyeurisme actif. On aurait aimé que le film s'attarde un peu plus sur ces watchers, reflet de la cohorte de passifs agressifs envahissant nos réseaux sociaux et prolongement des intuitions d'un Milgram (cf. une critique précédente)... Mais ceux-ci sont évacués par une fin un brin moralisatrice.

En attente d'une prochaine dose ?

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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