Ces patients qui veulent enregistrer les consult’

Dérive à la « Truman show » ou progrès thérapeutique ?

Peu de patients français demandent à leur médecin s’ils peuvent enregistrer les consultations. Aux Etats-Unis en revanche, la conduite à tenir face à de telles requêtes fait débat. Aperçu d’une question qui ne tardera sans doute pas à se poser chez nous.

 

« Bonjour docteur, est-ce que ça vous dérange si j’enregistre la consultation ? » Cette question est rarement posée aux médecins français. « Aucune demande particulière dans ce sens », témoigne un médecin lyonnais. « Ca ne m’est jamais arrivé », confirme une psychiatre parisienne. « J’ai plutôt connu des patients persuadés qu’il y avait des caméras cachées qui les filmaient dans la pièce ! », ajoute-t-elle.

Parmi la demi-douzaine de praticiens contactés par la rédaction sur le sujet, un seul avait été confronté à ce genre de situation. « J’ai répondu que c’était hors de question, je ne voulais pas qu’il utilise ma voix sur le web », se souvient ce gastro-entérologue.

Débats entre praticiens outre-Atlantique

Mais si le phénomène est encore presque inconnu en France, il gagne du terrain aux Etats-Unis. Pas de chiffres précis sur le sujet, mais les demandes d’enregistrement sont assez fréquentes pour faire l’objet de débats entre praticiens dans les médias grand-public.

« Les patients devraient-ils enregistrer leurs consultations chez le médecin ? », se demandait il y a deux semaines le Dr Gurpreet Dhaliwal sur le site du Wall Street Journal. « Pourquoi vous devriez enregistrer vos consultations chez le médecin », expliquait, plus affirmatif, le Dr Paul Hsieh sur le site de Forbes l’année dernière.

Aide à la mémorisation

Alors, pour ou contre ? Des arguments valables existent dans les deux camps. Côté pour, il y a, bien sûr, l’aide à la mémorisation. Les enregistrements peuvent être un réel plus quand on sait que les patients oublient généralement entre 40 et 80 % de l’information que leur donnent les praticiens, et que près de la moitié de l’information mémorisée est incorrecte.

Mais si l’enregistrement peut favoriser une meilleure compréhension des informations données par le médecin, il peut aussi avoir une influence directe sur le déroulement de la consultation. Les patients qui enregistrent les consultations auront « des réponses plus diplomatiques et moins de franc-parler », reconnaissait ainsi le Dr. Gurpreet Dhaliwal dans le Wall Street Journal.

Un élément à charge en cas de litige

Car le fond du problème est médico-légal, surtout aux Etats-Unis. Les enregistrements peuvent être utilisés contre les praticiens en cas de litige. C’est pourquoi certains praticiens américains préfèrent systématiquement refuser les demandes des patients.

« Refusez toujours d’être enregistrés ! », enjoint un interniste cité par Medscape. « On peut donner au patient des documents qui détaillent tout ce qu’ils ont besoin de savoir […]. Je peux passer jusqu’à une heure avec les patients pour écrire et répondre à leurs questions […]. Mais la décision d’être enregistré est la mienne… et je refuserai dans 100 % des cas. »

Enregistré en loucedé

Reste la question de l’enregistrement à l’insu du praticien. Clairement désagréable, cette pratique peut être motivée par des refus antérieurs. Et dans ce cas, comment faire ? Réponse du Dr Gurpreet Dhaliwal : « Agir comme si chacun de mes mots était gravé dans le marbre m’oblige à m’améliorer en permanence ».

C’est peut-être triste, mais avec l’omniprésence des smartphones, sans doute faudra-t-il s’y habituer. Car en matière de technologie, le présent des Etats-Unis n’est souvent rien d’autre que… notre futur.

Source: 

Adrien Renaud

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