Brexit : les médecins expat' en plein brouillard

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Brexit : les médecins expat' en plein brouillard

Le Brexit pose la question du sort des médecins européens au Royaume-Uni. Un avenir qui ressemble, pour l’heure, à un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme.

C’est peu de dire que le Brexit a pris tout le monde de court au Royaume-Uni. Mais c’est peut-être dans le secteur de la santé que la perspective de la sortie de l’UE fait le plus grincer de dents. Le système de santé britannique, le National Health Service (NHS), compte 10 000 médecins en provenance du reste de l'Europe. Quel sera leur sort ?

« Pour nous autres expatriés, ne pas savoir quel sera son statut dans deux ans, c’est quand même très insécurisant », explique Olivier Andlauer, psychiatre français installé à Londres. « Moi je suis marié à une Anglaise et je n’ai pas la nationalité, donc je n’ai pas trop le choix », ajoute-t-il, confiant avoir renoncé à contracter un emprunt immobilier face à cette incertitude.

Pour l’heure, personne ne semble trop savoir sur quel pied danser. Contactée par mail, la British Medical Association s’avoue quelque peu démunie lorsqu’il s’agit de parler de l’avenir des médecins étrangers. « Le climat politique actuel est à l’expectative et les conséquences [du Brexit, ndlr] restent encore à déterminer », précise le syndicat des médecins anglais.

Don’t panic!!

Du côté du NHS, on cherche à toute force à rassurer ses équipes européennes, comme avec la campagne #LoveOurEuStaff, lancée sur les réseaux sociaux au lendemain du référendum. Dans un billet de blog intitulé « We want and need our European workers », Kate Ling, responsable des politiques européennes du NHS, invite les soignants étrangers à ne pas paniquer.

« Rien ne va changer dans l’immédiat », considère Kate Ling, jointe au téléphone par What’s up Doc. « À partir du moment où le gouvernement aura activé l’article 50 du traité de Lisbonne [prévoyant la sortie de l’Union, ndlr], les négociations vont s’engager pour une période de deux ans durant laquelle il ne se passera rien », assure-t-elle.

Après 2018, le déluge

Reste que l’avenir à plus long terme est très incertain. « Le NHS, la BMA et le GMC [Ordre des médecins britannique, ndlr] ont tous fait passer des messages très rassurants », rapporte Olivier Andlauer. « Mais personne ne sait ce qui va se passer dans deux ans : bien que très improbable, le scénario catastrophe n’est pas exclu. »

Les médecins européens souhaitant traverser la Manche bénéficient de passe-droits importants. Libres de circuler et de travailler au Royaume-Uni, ils doivent pour l'heure simplement s’assurer de communiquer leur diplôme étranger et, depuis peu, passer un test d’anglais. « Ce n’est pas très compliqué : entre l’envoi des papiers et l’enregistrement au GMC, il m’a fallu trois mois », estime Olivier Andlauer.

Le marché unique au cœur des négo

Mais la sortie de l’UE pourrait lourdement changer la donne. « L’élément le plus important à décider porte sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein du marché unique », explique Kate Ling. C’est en effet l’adhésion au marché intérieur qui assure la libre circulation des personnes – ainsi que des biens, des services et des capitaux – au sein de l’Union.

Dans le scénario dit « à la norvégienne », Londres conserverait un accès au marché unique, au prix d’une participation substantielle au budget européen. « Dans ce cas, il est probable que rien ne change pour les Européens souhaitant travailler au Royaume-Uni », juge Kate Ling. Dans le cas contraire, Londres se trouverait en charge de sa politique migratoire. Toutes les options seraient alors sur la table, y compris un permis à point similaire au système australien.

Un intérêt bien compris ?

Theresa May, la nouvelle occupante du 10 Downing Street, s’était signalée dans la campagne en menaçant de faire peser le sort des expatriés européens dans les discussions. Au risque de prendre les médecins étrangers en otage ? « Ce n’est dans l’intérêt d’aucun gouvernement de créer ou d’exacerber des pénuries de personnel au NHS », estime Kate Ling, qui ne voit là que le jeu classique des négociations.

Tout dépendra donc de l’issue des négociations entre le gouvernement britannique et la Commission européenne, qui devraient débuter à la fin de l’année et qui s’annoncent ardues. Un seul élément semble faire l’unanimité : avec 9 % de médecins européens dans ses rangs, le système de santé britannique ne peut se permettre de jouer sans l’Europe. Suffisant pour avoir confiance en l’avenir ?

Source:

Yvan Pandelé

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