Big Data is watching you

... mais n'a pas encore traversé l'Atlantique

La Big Apple s’est mise au big data. Dans un cours intitulé « La santé par les chiffres », les futurs médecins de l’université de New York apprennent à analyser une base de données où figurent les informations médicales de 5 millions de patients de la région, rapporte la radio publique américaine NPR.

C’est ainsi qu’un étudiant s’est penché sur la pose de prothèses de hanche dans l’état de New York. En croisant les données, il a montré que le prix de la prestation variait selon les centres de soins, dans des proportions qui dépassent de très loin les fluctuations locales du… prix du hamburger (on ne rit pas).

La santé à l’échelle des populations

Pourquoi de telles différences ? L’histoire ne le dit pas, mais ces prix versatiles posent, à coup sûr, un problème d’égalité d’accès aux soins. Et c’est là tout l’intérêt du projet : apprendre, grâce aux données, à penser l’offre de soins à l’échelle d’une population, plutôt que de patients individuels.

« Les médecins seront de plus en plus considérés comme responsables de la santé de la population qu’ils suivent », nous explique Mark Schwartz, professeur au département de santé publique de NYU et responsable du cours. Des médecins que le big data peut aider à se positionner en acteurs d’un système de santé plutôt qu’en praticiens isolés.

Les futurs médecins, poursuit Mark Schwartz, ne pourront plus se contenter de répondre aux attente des patients qui viennent consulter. Ils devront adopter une démarche proactive, identifier les besoins de leur population et proposer des soins en fonction. D’où l’importance de savoir faire parler les données de santé…

Pendant ce temps-là, dans un petit village…

En Amérique du Nord, cette approche dite de population management, en plein essor, est en voie d’intégrer la pratique quotidienne des médecins. Rien de plus naturel, donc, que d’y former les étudiants. Et de notre côté de l’Atlantique ?

Rémy Patrice, vice-président en charge des études médicales à l’ANEMF, ne connaît pas d’équivalent à cette initiative. « Ici, les médecins sont plus formés sur l’aspect clinique que sur la manipulation des données », explique-t-il.

Pour l’heure, poursuit-il, les étudiants ne se frottent à la manipulation de données que dans les cours de biostatistique, orientés recherche, ou d’épidémiologie, assez abstraits. Rien, en tout cas, qui forme à l’utilisation pratique de données de santé.

Big data is coming

Pourtant, le système de santé français prend le même chemin que celui de l’Oncle Sam. Comme en témoigne sa feuille de route, le ministère de la Santé met l’accent sur l’approche territoriale – déclinaison hexagonale du population management – pour améliorer la qualité des soins, notamment de premier recours.

Le projet de loi santé prévoit par ailleurs la création d’un « Système national des données de santé », qui permettrait de mettre à disposition des médecins et des chercheurs les données médicales de l’assurance maladie. Le big data médical est donc en marche, de même que les raisons pour s’y mettre.

Mais le jour où il sera là, qui saura l’utiliser ?

Source: 

Yvan Pandelé

Portrait de La rédaction

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