Addiction : Jeanne repère les profils pour les médecins qui n’ont pas le temps

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Alors que les médecins peinent à repérer les addictions parmi leur patientèle, faute de temps et de formation, un outil pourrait leur venir en aide : Jeanne, un ACA qui questionne les patients et évalue les profils d’addiction.

Bon, soyons honnêtes. En matière d’addiction, les médecins non spécialisés sont souvent pointés du doigt - et plus encore les généralistes. Pendant leurs consultations, rares sont ceux qui questionnent leurs patients sur leur consommation d’alcool, de tabac et autres réjouissances toxiques. Lors des huitièmes Journées Nationales de la Fédération Addiction, qui se sont tenues à la Cité des Sciences à Paris les 24 et 25 mai, Nicolas Prisse, président de la Mildeca (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives), l’a encore martelé : « Il faut que les professionnels non spécialisés puissent mieux repérer et orienter ! » Ce à quoi les intéressés répondent : pas le temps, pas les bons mots, pas la formation pour. Et à cela, il est difficile d’objecter quoique ce soit.

La solution magique ?

La solution viendra peut-être des nouvelles technologies de l’information et de la communication, ces fameuses NTIC qui ont envahi le monde, y compris celui de la santé. Lors du congrès d’addictologie, un atelier était justement consacré à ces outils, lesquels pourraient s’avérer fort utiles pour les médecins qui courent après le temps. Un dispositif est ainsi à l’étude à l'Université de Bordeaux / CNRS. Son petit nom, c’est Jeanne. 

Jeanne est un ACA - comprenez : un agent conversationnel animé. Un avatar, quoi. Elle est dotée d’une voix d’humain et son visage sait reproduire des émotions, afin de donner l’illusion d’une forme d’empathie. Son rôle ? Questionner les patients sur leur consommation de substances et trier les profils selon leur niveau d’addiction.

Bientôt en salle 

En effet, pour repérer et orienter les patients atteints d’addiction, des autoquestionnaires existent : la CDS (Cigarette Dependence Scale) pour le tabac et le test CAGE (Cut-down, Annoyed, Guilty, Eye-opener) pour l’alcool. Les médecins sont supposés les fournir à leurs patients. « Mais cela leur prend énormément de temps pour scorer les questionnaires », souligne Sarah Moriceau, attachée de recherche clinique, qui a présenté les travaux. De plus, force est de constater que les questionnaires n’attirent pas les passions des patients. Alors que dialoguer avec Jeanne, c’est quand même beaucoup plus sympa.

Les travaux ont porté sur 139 patients, avec une moyenne d’âge de 43 ans. Parmi eux, 30 % étaient dépendants au tabac, 8 % à l’alcool. Et seules deux personnes étaient prises en charge pour une addiction… L’objectif de l’étude était simple : vérifier si Jeanne fait aussi bien que les questionnaires CDS et CAGE, à savoir, repérer les consommations problématiques. Il s’agissait également de vérifier l’acceptabilité de cet outil pour les patients. Les entretiens ont duré 4,4 minutes en moyenne, au cours desquelles Jeanne interrogeait les patients sur leur consommation d’alcool et de tabac suivant des échelles validées, avant d’évaluer les profils pour aider le médecin à les orienter.

Les résultats sont encourageants. Jeanne semble être bien acceptée par les participants et elle est en accord avec les autoquestionnaires. « Elle a su détecter les personnes dépendantes comme les non-dépendantes, en particulier pour le tabac », poursuit Sarah Moriceau. L’étape d’après ? « Installer Jeanne dans les salles d’attentes des généralistes. Les patients donneraient leurs réponses sur une tablette et le test serait automatiquement transmis à l’ordinateur du généraliste afin qu’il puisse en discuter pendant la consultation. » Si d’autres études seront nécessaires avant d’équiper toutes les salles d’attente des généralistes, sur le principe, on dit oui ! Et alors, les médecins n’auront plus d’excuse…

Source: 

Marion Guérin

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