Tapis rouge pour les MG à Barneville-Carteret

Médecins et maire dans le même bateau

Le maire de la commune de la Manche cherche un médecin généraliste. Et il est prêt à mettre le paquet : appartement, bateau, restau, coiffeur… Il suffit de demander !

Près de 3000 habitants en hiver, et 12 000 en été. La petite commune de Barneville-Carteret, située à l’Ouest de la péninsule du Cotentin, face à l’île de Jersey, cherche des médecins. La population doit se contenter de deux médecins généralistes, ainsi qu'un remplaçant de temps en temps. Soit un MG pour 1000 à 1500 habitants hors saison.

Un chiffre proche de la moyenne nationale (environ 1 MG libéral pour 1000 habitants en 2017, d'après la Drees). Sauf que la moyenne d’âge de la ville tourne autour des 65 ans, d’après son maire, Pierre Géhanne. Et les départs attendus des médecins en place laissent redouter une forte pénurie pour bientôt.

Logé, skippé, nourri, coiffé, et plus si affinités

Une perspective qui n’enchante pas Pierre Géhanne. L’élu, qui se définit plus comme un homme d’affaires que comme un politique, n’aime pas rester sans rien faire. Il a décidé de dérouler le tapis rouge pour tout médecin généraliste – un couple même, ça serait encore mieux ! – qui viendrait s’installer à Barneville-Carteret.

On ouvre la pochette surprise du maire, et on y trouve un bel appartement de fonction. Un duplex de 140 m2 avec balcon et vue sur mer, laissé libre par son occupant après un regroupement administratif. Pas mal, mais peut mieux faire. Le maire y ajoute la mise à disposition de son bateau personnel, ainsi que la place dans le port qui l’accompagne, pour les balades maritimes. Sympa, le maire.

« Je suis très sérieux ! », souligne le maire, contacté par What's up Doc. « Si on part dans la surenchère, il n’y a plus de limites », prévient-il. Entre initiative et fatalisme, M. Géhanne propose la cerise sur le gâteau : un repas mensuel pour deux dans un restaurant étoilé de sa commune. « Et s’ils le souhaitent, je peux même rajouter une coupe chez le coiffeur ! »

Chacun sa croix

Un maire qui prend avec légèreté et sans scrupules un problème local et national ? Pas vraiment. « J’ai dirigé de grands groupes dans ma carrière, j’ai une entreprise de plus de 250 salariés… Avec moi, il faut que ça avance », justifie-t-il. S’il communique avec beaucoup d’humour, entre fatalisme et surenchère, il regrette la situation. « En tant que maire, j’ai longtemps considéré que ces problèmes de démographie médicale n’étaient pas les miens, surtout parce que le pôle de santé dont nous disposons est privé », explique-t-il. « Pour moi, c’était aussi un problème régalien, et c’était donc à l’État de le régler ».

Mais les perspectives de pénurie l’ont poussé à agir. « Les habitants sont plutôt âgés, et il ne feront pas 100 km pour aller chez le médecin », anticipe-t-il. Il a alors tenté d’attirer, dans un premier temps, par des affichages locaux qui n’ont pas eu le succès escompté.

« Je ne connaissais pas bien le dossier », reconnait Pierre Géhanne, qui a découvert une situation démographique médicale compliquée. « Mais c’est encore plus grave que ce que je pensais. À ce rythme, nous n’aurons bientôt plus de médecins nulle part, sauf peut-être dans des communes riches qui seront prêtes à payer des médecins un million d’euros par an », ironise le maire, qui reproche aux maisons médicales subventionnées de piquer les médecins disponibles en leur proposant des conditions financières très avantageuses. « Et encore, notre ville est touristique, la vie y est agréable et nous avons des secteurs d’activité attractifs. Imaginez pour les autres ».

À qui la faute ?

Ce type d’annonces fait sourire. Dans un premier temps. Puis rappelle les difficultés qu’éprouvent certaines communes à maintenir ne serait-ce qu’un médecin généraliste à une distance acceptable. Ces effets d'annonce jettent aussi indirectement un peu de discrédit sur la profession médicale, en laissant penser que les médecins iraient s’installer sous conditions financières uniquement. Les enchères sont ouvertes !

Mais peut-on reprocher aux responsables locaux leurs actions – parfois amusantes, parfois maladroites, parfois contre-productives aussi – pour maintenir une activité médicale ? Pierre Géhanne a fait le choix du pragmatisme, faute d’autres solutions. « Contraindre quelques années d’exercice dans des régions isolées à la sortie des études de médecine, faire appel au salariat, augmenter les salaires ? Je ne sais pas ce qui fonctionnerait, mais il faut faire quelque chose », conclut-il.

Pour l’instant, un médecin de 60 ans, salarié, a envoyé son CV au maire. Il faudra, pour attirer ce candidat, rajouter un petit cadeau dans la pochette surprise : un travail pour sa compagne. Mais le bateau ne l’intéresse pas.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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