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En France, les animaux de compagnie ne sont pas de simples compagnons : ils participent activement à notre bien-être. Mais que révèle ce lien sur notre santé mentale et nos modes de vie ?
Une étude récente menée à l’École nationale vétérinaire de Toulouse a permis, pour la première fois, de mesurer l’attachement des Français à leurs chiens et à leurs chats.
Les animaux, alliés de notre santé physique et mentale
Les bienfaits de la présence d’un animal sur la santé humaine ne sont plus à démontrer. De nombreuses études mettent en évidence qu’elle est associée à une réduction du risque cardiovasculaire et qu’elle peut aider à diminuer le stress, en particulier chez les personnes entretenant un lien affectif fort avec leur animal de compagnie.
Les propriétaires de chiens, par exemple, marchent davantage, ont une vie sociale plus active et présentent un risque moindre de dépression. Chez les personnes âgées, les études suggèrent que la présence d’un animal aide à préserver des capacités cognitives, telles que la mémoire, ainsi que le moral, tandis que chez les enfants, elle favorise l’apprentissage de l’empathie et des responsabilités.
Ce lien n’est pas seulement comportemental : il touche aussi nos besoins émotionnels. Dans une société marquée par la solitude, l’anxiété et le vieillissement de la population, le chien ou le chat devient parfois un véritable soutien psychologique, capable de créer un sentiment de stabilité et d’utilité au quotidien.
Cependant, cette relation, bénéfique dans bien des cas, peut aussi devenir source de détresse émotionnelle. Certaines personnes développent un attachement anxieux à leur animal, caractérisé par une inquiétude excessive à l’idée de la séparation ou lorsque l’animal tombe malade.
Chez les personnes âgées, même sans hyperattachement, la séparation forcée avec leur animal lors d’une hospitalisation ou d’une entrée en Ehpad représente souvent un véritable traumatisme, tant l’animal fait partie de leur équilibre affectif et leur quotidien.
La relation humain-animal comme outil thérapeutique
Les effets positifs du lien humain-animal sont aujourd’hui mis à profit dans plusieurs programmes hospitaliers et médico-sociaux.
La présence d’animaux en établissements médico-sociaux (type Ehpad) peut favoriser les échanges, susciter des souvenirs et contribuer à rompre temporairement le sentiment de solitude chez les résidents. Proposer une médiation animale dans des psychothérapies destinées à des adolescents se révèle aussi bénéfique. Enfin, dans certaines unités pédiatriques, notamment en oncologie, des animaux spécialement formés accompagnent les patients pendant les soins pour diminuer l’anxiété et améliorer le bien-être lors de l’hospitalisation.
Plus récemment, plusieurs commissariats français ont introduit la présence de chatons pour apaiser les victimes de violences, une approche inspirée de dispositifs déjà mis en œuvre à l’étranger. Ainsi, aux États-Unis, des chiens spécialement formés sont intégrés dans certains commissariats et tribunaux afin d’accompagner les victimes lors des auditions. À ce jour, il n’existe pas de données scientifiques évaluant leur impact dans ce contexte spécifique, mais les témoignages sont positifs. Par ailleurs, des bénéfices ont été rapportés chez les professionnels : une étude menée auprès de policiers canadiens a montré que la présence de chiens dans leur environnement de travail était perçue comme réduisant le stress et améliorant le bien-être.
Cette thématique mériterait d’être explorée par des travaux de recherche spécifiques pour étudier dans quelle mesure le contact avec un animal aide à restaurer un sentiment de sécurité après un traumatisme.
Ces initiatives, de plus en plus répandues, reposent toutes sur la même idée : renforcer la santé humaine en s’appuyant sur la relation avec l’animal. Comprendre les liens complexes, entre bien-être, dépendance et vulnérabilité, nécessite de disposer d’un outil fiable, qui n’existait pas encore en version française jusqu’à récemment.
Une première échelle pour mesurer l’attachement à son animal en France
Pour mieux comprendre ces relations, peu étudiées en France, un outil de référence international a été traduit en français : la Lexington Attachment to Pets Scale (LAPS). Cet outil permet de quantifier l’attachement émotionnel entre un propriétaire et son animal à travers 23 items (par exemple : « Mon animal comprend quand je suis triste »).
Près de 1 900 propriétaires français de chiens et de chats ont répondu à cette enquête.
Comment mesure-t-on l’attachement à son animal ?
L’échelle LAPS attribue un score d’attachement de 0 à 69, un score élevé traduisant un attachement plus fort du propriétaire à son animal.
En France, les propriétaires de chiens ont obtenu un score médian de 58,5 contre 52 pour les chats. C’est plus élevé qu’en Angleterre, au Danemark ou en Autriche !
L’étude met en évidence plusieurs facteurs influençant le score d’attachement :
- Les femmes ont un score plus élevé que les hommes, un résultat observé aussi dans les autres pays.
- Les personnes vivant sans enfants présentent également un score plus élevé, leurs animaux pouvant parfois jouer le rôle de figures familiales de substitution.
- Les propriétaires de chiens ont un score plus élevé que les propriétaires de chats, peut-être en raison d’une interaction plus active.
- Les personnes avec un niveau d’études plus élevé affichent des scores plus faibles, peut-être parce qu’elles ont tendance à moins exprimer leur attachement émotionnel.
Ces tendances reflètent des réalités sociales profondes. Dans une société où la solitude augmente, où les familles se recomposent et où le travail à distance se généralise, l’animal occupe un rôle affectif grandissant. Il apaise, structure le quotidien et comble un besoin de lien que les relations humaines ne satisfont pas toujours.
Des figures d’attachement
En psychologie, la théorie de l’attachement décrit notre besoin fondamental de sécurité et de réassurance auprès d’une « figure d’attachement », souvent un parent, un partenaire, ou… un animal.
Les chiens, plus démonstratifs, offrent une interaction émotionnelle proche de celle d’un enfant : ils sollicitent, réagissent, expriment de la joie. Les chats, plus indépendants, demandent parfois une forme d’attachement plus « projective », où le propriétaire interprète leurs signes d’affection.
Ces différences expliquent pourquoi les chiens obtiennent des scores d’attachement plus élevés : ils répondent activement au besoin humain de lien et de réciprocité. Mais chez tous les propriétaires, l’attachement est bien réel.
Et maintenant ?
L’échelle française validée du LAPS sert déjà à d’autres travaux de recherche.
L’un d’eux s’intéresse à l’impact de l’arthrose du chien sur la vie quotidienne de ses propriétaires. Quand un animal souffre, c’est souvent tout le foyer qui en subit les conséquences. Vous pouvez participer à cette nouvelle étude en répondant à ce questionnaire en ligne :
Le questionnaire s’adresse à tous les propriétaires de chiens, qu’ils soient concernés ou non par l’arthrose, afin de mieux comprendre comment la santé des chiens affecte celle de ses propriétaires et d’à améliorer la prise en charge conjointe du chien et de sa famille.![]()