Retraites : le SML et la CSMF unis face au gouvernement

Une fois n’est pas coutume, le SML et la CSMF partagent des inquiétudes similaires sur le projet de réforme des retraites. Si les deux syndicats se disent prêts à négocier, ils affichent avec fermeté leur désaccord sur plusieurs points.

La réforme sera « plus qu'une concertation ». Ce sera une « grande négociation » pour « construire tous ensemble cette réforme », a annoncé la semaine dernière Emmanuel Macron dans son interview à France 2. Une phase de « négociation » dont le calendrier sera précisé par le Premier ministre qui rencontrera les partenaires sociaux les 5 et 6 septembre prochains.
 
Nous vous avions déjà parlé courant juillet des inquiétudes des syndicats qui craignent une baisse des pensions et la remise en cause du régime complémentaire, suite à la remise des préconisations du haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye. Le SML avait même évoqué un « stratagème » destiné « à faire les poches » des médecins actifs et retraités.
 
L’été n’a pas suffi à faire retomber la colère si l’on en croit les deux communiqués récents de deux syndicats représentatifs de la profession : la CSMF et le SML. Tous deux se disent prêts à jouer le jeu de la négociation. Mais rappellent haut et fort les pierres d’achoppement qui les éloignent d’un accord.

Dernière chance pour le gouvernement

La CSMF donne « une dernière chance au gouvernement pour sortir du conflit qui couve » et liste ses principaux points de désaccord. Le syndicat refuse tout d’abord l’instauration d’un plafond de l’assiette de cotisations à hauteur de 120 000 euros (3 plafonds annuels de la sécurité sociale (Pass)) qui entraînerait à terme la disparition de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (Carmf).
 
Le syndicat milite donc pour une retraite universelle basée sur 1 Pass, ce qui aurait l’avantage (non négligeable) de ne pas remettre en cause le système de retraite complémentaire des médecins libéraux. Le SML est sur la même longueur d’onde sur ce point.
 
Si ce plafond venait à être instauré, il entraînerait à terme une baisse des cotisations, mais aussi une baisse mécanique des pensions, poursuit la CSMF dans son communiqué daté du 29 août. Si bien que le montant des pensions serait d’ « environ 1/3 en moins »  avec la retraite universelle. Tout simplement inconcevable pour le syndicat.

Devenir incertain des réserves de la Carmf 

La CSMF et le SML expriment également leurs inquiétudes sur les deux points suivants. Tout d’abord sur le devenir des réserves de la Carmf. Constituées par plusieurs générations de médecins, elles s’inscrivent aujourd’hui en pointillés. Selon la CSMF, il est « hors de question qu’elles soient en grande partie perdues pour ceux qui les ont constituées : ce serait inacceptable et constituerait un casus belli ». Quant au SML, il affirme avoir travaillé tout l’été sur ce dossier « pour faire part de ses désaccords et de ses propositions ».
 
Autre crainte partagée par les deux syndicats : la collecte des cotisations retraite des médecins par l’Urssaf, et non plus par la Carmf qui avait exprimé début août son mécontentement sur le sujet. Le SML considère que cette collecte décidée en catimini n’a pas de « base législative ». Et rappelle au passage son opposition à « l’instauration d’une cotisation déplafonnée « de solidarité » de 2,81 % censée s’appliquer sur l’ensemble des revenus ».

L’impact de la durée des études

Enfin, dans l’état actuel des choses, une « durée de cotisation identique » pénaliserait les médecins « puisque ceux-ci finissent leurs études vers 30 ans et que la hauteur sous payée de la consultation ne prête pas à la mise à niveau de leur future rente », poursuit le SML.
 
Et de conclure en mettant en garde le chef de l’État qui, s’il désire vraiment réussir sa réforme des retraites, devra veiller à ce que « les médecins libéraux puissent s’y retrouver sans se sentir pénalisés, lésés et encore moins spoliés ».
 

Juin : une retraite moyenne de 2 663 €
La Carmf a indiqué le 29 août dernier que 72 905 médecins retraités ont perçu une retraite moyenne de 2 663 € pour le mois de juin 2019. Avec 1 189 €, le régime complémentaire en compose la majeure partie avec 45 % de la retraite moyenne Carmf versée au médecin. Le régime ASV s'élève en moyenne à 915 € (34 %) suivi du régime de base d'un montant de 559 €, soit 21 % de la retraite moyenne versée. Quant aux conjoints survivants retraités, ils ont perçu en juin 2019 une pension de réversion moyenne de 1 156. Comme pour les médecins, c'est le régime complémentaire qui en compose la majeure partie avec 55 % pour une allocation moyenne de 637 €.

Portrait de Julien Moschetti

Vous aimerez aussi

Vers des mesures plus incitatives... voire coercitives
Placé sous statut d'ESPIC (Établissement de santé privé d’intérêt collectif), le Groupement hospitalier mutualiste (GHM) pourrait être racheté par le...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.