Québec : gardez cet argent, que je ne saurais prendre !

Les spécialistes gavés

Un mouvement de contestation prend de l’ampleur au Québec. Les médecins montent au créneau pour dénoncer l’augmentation de leur propre rémunération. Ils sont fous ces Québécois…

Ça chauffe au Québec, sur la rémunération des médecins spécialistes. Des discussions entre le Gouvernement de la Province et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) ont abouti en début de mois sur un accord, prévoyant en particulier une hausse étalée jusqu’en 2023.

Elle s’élèvera à 11,2 % sur huit ans (rétroactive sur la période 2016-2018, et jusqu’en 2023). Pour cela, le Gouvernement devra rédiger un chèque de deux milliards de dollars canadiens (1,28 milliard d’euros). Une décision qui passe tellement mal que les médecins eux-mêmes demandent à ce qu’elle soit revue !

Des rattrapages de rattrapages déjà rattrapés

L’opinion publique estime aussi que cette augmentation est indécente. Elle résulte d’ajustements de précédents accords remontant jusqu’à 2007, qui visaient à aligner les rémunérations des spécialistes québécois sur celles des autres provinces canadiennes, notamment en Ontario, alors bien supérieures.

Sauf que depuis, les francophones ont largement rattrapé leurs concitoyens. Il les ont même dépassés ! Un spécialiste québécois gagnait en moyenne 404 000 dollars canadiens (258 000 euros) par an en 2016, et jusqu’à 700 000 pour les radiologues et les ophtalmos (446 000). C’est désormais presque 10 % de plus qu’en Ontario, et presque dix fois plus que le salaire moyen au Québec.

C’est en tout cas beaucoup trop pour envisager une augmentation. « [Le gouvernement] a favorisé outrageusement les médecins aux dépens des autres professionnels de la santé et il se voit forcé de nous révéler en catastrophe une partie de l’entente qu’il a conclue avec la FMSQ », s’est indignée la députée Diane Lamarre. « Résumons : 10 000 médecins spécialistes accaparent déjà 8 % du budget du Québec et 20 % du budget de la santé ».

Les infirmiers semblent plus mal lotis

Et ce n’est pas la seule à critiquer. Les médecins généralistes, mais également de nombreux spécialistes, ont donné de la voix pour demander que cet accord soit revu. Ils ont publié une lettre ouverte sur le site de Médecins québécois pour le régime public (MQRP), demandant l’annulation des hausses.

« Ces augmentations sont d’autant plus choquantes que nos collègues infirmières et infirmiers, préposés, commis et autres professionnels subissent des conditions de travail très difficiles tandis que nos patients vivent avec le manque d’accès aux services requis à cause des coupures draconiennes des dernières années et la centralisation du pouvoir au ministère de la Santé. La seule chose qui semble être immune aux coupes est notre rémunération… », peut-on lire.

Les infirmiers sont en sous-effectif criant, à tel point que certains appellent leur Ordre pour se dénoncer, estimant qu’ils ne sont pas en capacité de respecter leurs obligations professionnelles. Une situation qui nuit à leur exercice, mais aussi à celui des médecins. Par cette lettre, ces derniers soutiennent leurs collègues.

La FMSQ prend cher, et s’agace

Pour l’instant, 307 médecins, dont 140 spécialistes, 108 résidents (équivalent des assistants ou chefs de clinique) et 127 étudiants l’ont signée, mais le mouvement semble prendre de l’ampleur.

Critiquée de toutes parts – même en interne, semble-t-il – la FMSQ, par sa présidente Diane Francoeur, a choisi la solution offensive. Elle défend cette augmentation, considérant qu'elle est un « dû », au regard des accords précédents, et s’en prend au passage aux journalistes en les accusant d’inciter au « dénigrement général ». « Les fake news deviennent la vérité de ceux qui nous accusent de nous être fait greffer un portefeuille à la place du coeur », s’est-elle plainte, tout en s’en prenant de manière personnelle aux signataires et diffuseurs de la lettre. La grande classe.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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