Prises de RDV, suivi du traitement... Les femmes gèrent la santé de la famille, mais négligent la leur (et certains professionnels aussi)

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Les femmes restent largement responsables de la gestion de la santé au sein du foyer, au point de négliger parfois leur propre suivi médical, tandis que des biais sexistes persistent dans leur prise en charge par les professionnels de santé, selon une enquête publiée par la FHF, à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars. 

Prises de RDV, suivi du traitement... Les femmes gèrent la santé de la famille, mais négligent la leur (et certains professionnels aussi)

© Midjourney x What's up Doc

 

D’après cette étude, menée conjointement avec Ipsos, 92 % des femmes déclarent assumer seules au moins une tâche liée à la santé des membres de leur famille, comme la prise de rendez-vous médicaux, la gestion des traitements ou l’accompagnement aux consultations. 74 % disent même prendre en charge seules ces trois missions, sans aide de leur conjoint.

Cette « charge sanitaire » a des conséquences sur leur bien-être : 59 % des femmes estiment qu’elle a un impact négatif sur leur équilibre psychologique, une proportion qui atteint 78 % chez les mères de moins de 30 ans.

À force de s’occuper de la santé de leur entourage, certaines délaissent leur propre suivi. Là aussi, six femmes sur dix ne réalisent pas systématiquement leur examen de contrôle gynécologique lorsqu’il est recommandé, et cette proportion monte à huit sur dix chez les moins de 30 ans.

Les dépistages plus ciblés – frottis cervico-utérin, mammographie ou dépistage organisé du cancer du sein – sont davantage respectés, mais près d’un quart des femmes disent néanmoins ne jamais ou rarement effectuer les examens recommandés

Parmi les raisons invoquées figurent la négligence (29 %), le sentiment de ne pas être concernée (27 %), les difficultés à obtenir un rendez-vous (26 %), le manque de temps (18 %) ou la peur du diagnostic (12 %).

Encore trop de sexisme chez les professionnels

L’étude pointe aussi la persistance de biais sexistes dans la prise en charge médicale. 43 % des femmes déclarent avoir déjà vu leur douleur minimisée ou banalisée par un professionnel de santé parce qu’elles étaient une femme, une expérience encore plus fréquente chez les moins de 30 ans (69 %).

Dans ce contexte, près d’un tiers des femmes disent avoir déjà été confrontées à un refus d’antidouleurs ou d’anesthésie, ou à un traitement jugé insuffisant au regard de l’intensité de leur douleur.

Les consultations gynécologiques restent également marquées par des pratiques et attitudes problématiques. En effet, un tiers des femmes interrogées déclarent avoir déjà vécu une situation où leur consentement n’a pas été pleinement respecté lors d’un examen, qu’il s’agisse d’un geste non consenti, d’un manque d’information ou d’une atteinte à l’intimité. 

Plus d’une femme sur dix dit avoir déjà voulu interrompre un examen gynécologique sans parvenir à l’exprimer sur le moment.

L’enquête évoque également des pressions liées aux choix reproductifs. 7 % des femmes interrogées disent avoir subi une pression pour poursuivre ou interrompre une grossesse, et 14 % pour commencer, poursuivre ou arrêter une contraception, contre leur volonté.

Et plus largement, très peu disent avoir reçu au cours de leur vie des informations sur des sujets liés à la fertilité (évolution avec l’âge, délais pour consulter en cas de difficultés à concevoir, parcours de PMA ou possibilités de préservation de la fertilité).

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/la-gynecologie-autrement-consultation-sans-etriers-pose-autonome-de-speculum-choix-de-la

« Les femmes prennent soin de la santé de tous et toutes. Notre système de santé doit, lui aussi, mieux prendre soin d’elles », commente Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF, citée dans un communiqué accompagnant l'enquête. 

Et « aucune femme ne devrait avoir à convaincre qu’elle souffre pour que sa douleur soit reconnue et soulagée », ajoute-t-elle, appelant notamment à « mieux reconnaître » leur douleur et à « intégrer pleinement ces enjeux dans la formation des professionnels de santé ».

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