Charte de consultation en gynécologie : « le consentement et l’autonomie des patientes sont à respecter systématiquement »

Face à une actualité brûlante et pour lutter contre des violences régulièrement dénoncées par les femmes, notamment sur les réseaux sociaux, les sociétés savantes de gynécologie et obstétrique ont décidé de mettre en place une charte de la consultation. Entretien avec le Dr Geoffroy Robin,  MCU PH​ en médecine de la reproduction et gynécologie médicale au CHU de Lille et secrétaire général du CNGOF. 

WUD : Comment avez-vous décidé d’établir cette charte de bonnes pratiques ?

Geoffroy Robin : Cela fait plusieurs années que des collectifs de femmes se plaignent au cours de leur suivi gynécologique ou de grossesse, d’avoir subi des violences physiques ou psychologiques par des médecins ou sages-femmes. Il y a eu récemment un gros scandale qui a servi de catalyseur. Nous avions déjà entamé des commissions de travail de puis 3 / 4 ans, mais là on a voulu avancer rapidement pour rassurer les femmes, qu’elles sachent comment doit se passer une consultation, comprennent ce qu’il faut en attendre et diminuer leur anxiété. Toutes les sociétés savantes de gynécologie y ont participé :

  • Le CNGOF – Collège national des gynécologues et obstétriciens français ;
  • La FNCGM - Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale ;
  • La SCGP – Société de chirurgie gynécologique et pelvienne ; 
  • La SFG - Société française de gynécologie ;
  • Ainsi que le CEGO – Collège des enseignants de gynécologie-obstétrique ;
  • Et le CNEGM - Collège national des enseignants de gynécologie médicale.

L’objectif est en effet aussi d’avoir l’engagement que cette charte sera transmise à tous les futurs médecins.

WUD : Quelles sont vos craintes pour la profession au regard de l’actualité ?

GR : Nous craignons une perte de confiance des femmes vis-à-vis des gynécologues qui sont pourtant les spécialistes phares de la santé de la femme avec les sages-femmes et certains médecins généralistes. Et derrière cette perte de confiance, il y a la crainte d’arrêt des dépistages, de retards pour un recours à la contraception, ou dans le traitement de la ménopause, une appréhension à aller consulter pour une infertilité alors qu’à partir d’un certain âge, c’est une course contre la montre… Et cela alors même que l’immense majorité des professionnels travaillent avec bienveillance, dans respect des femmes et de leur autonomie.

WUD : Comment restaurer la confiance des femmes ?

GR : Cela passe par le fait de mettre en avant que tous les professionnels vont adopter ces bonnes pratiques et que les femmes ont l’assurance que cela doit bien se passer. La charte va être affichée dans les cabinets de consultations, elles connaîtrons leurs droits. C’est aussi un moyen pour les femmes de savoir qu’elles peuvent arrêter à tout moment, afin de toujours replacer le consentement au centre de la consultation.

WUD : Quels sont les piliers de ces bonnes pratiques ?

Premièrement, lors de l’examen clinique, l’examen physique n’est pas toujours indispensable.

Ensuite, le respect de l’intimité est primordial. Lorsque les patientes veulent et sont d’accord pour l’examen physique, il faut les laisser se déshabiller dans l’intimité, à l’abri des regards. Et attendre qu’on nous appelle. On fait l’examen en deux temps, pour éviter la nudité totale, on laisse soit le haut soit le bas, et ensuite on inverse, tant pis si on perd du temps. La nudité totale peut être humiliante donc on ne le fait pas. Surtout dans les CHU quand il y a 4 ou 5 étudiants autour d’une patiente nue, et cela sans vraiment lui demander son accord. Mais c’est valable dans toutes les spés. Il faut apprendre mais dans le respect des patients, ce ne sont pas des cobayes.

Enfin, le consentement et l’autonomie des patientes sont à respecter systématiquement : à tout moment, une femme peut demander d’arrêter l’examen ou ne pas vouloir être examinée. Dans ces cas, on peut expliquer pourquoi on voulait l’examiner, reprogrammer plus tard ou prescrire d’autres examens.

Cela reste des recommandations qui relèvent du bon sens, et aujourd’hui l’immense majorité des praticiens travaillent déjà comme ça, mais des situations ont été dénoncées et nous y sommes sensibles. Cette charte met en exergue qu’on ne veut plus d’une médecine paternaliste.

WUD : On parle beaucoup des violences gynécologiques, la parole se libère ?

La parole se libère, dans la suite du #metoo, c’est quelque chose de très positif. Il existe aussi un effet de générations. Il y a des femmes qui ont vécu une médecine paternaliste, des femmes ménopausées qui, après le départ en retraite de leur gynéco, consultent un autre praticien, et sont surprises qu’on leur demande leur avis, ou pensent que l’examen gynécologique est systématique.

Aujourd’hui, la mentalité a évolué, la génération actuelle est dans la demande de son autonomie, et dénonce les comportements maltraitants sur les réseaux sociaux.

Et il y aussi toute une génération, dans l’entre deux, qui a mal vécu tout cela mais qui n’osait pas dénoncer derrière, soit par peur des représailles, soit par fatalisme à force d’entendre dans leur entourage des paroles banalisant ces situations.  

WUD : Comment améliorer la formation des futurs médecins ?

GR : Dans la formation des externes, il y a un item consacré à la relation médecin-patient. Ensuite, quand on arrive dans une spé, on nous apprend à gérer par exemple une grossesse extra-utérine, une césarienne. Mais il faut aussi rappeler que c’est une spé qui touche à l’intime. C’est très important de rappeler aux internes les règles de bonne pratique. Ils vont au cours de leur formation observer parfois des pratiques qui ne sont pas bienveillantes et ainsi, avoir un regard critique pour ne pas reproduire ces comportements ensuite. Cela permet de se méfier, de prendre du recul par rapport à ce que l’on peut dire.

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