Quand Laurent Thines tire à boulets rouges sur le collectif « Santé en danger »

Fondateur du collectif « Santé en danger » (SED), Arnaud Chiche est de plus en plus critiqué sur les réseaux sociaux. Notamment par le Pr Laurent Thines qui lui reproche de faire cavalier seul, de ne pas être assez démocratique, de parler d’une seule voix au nom de tout le monde ou de ne pas avoir de stratégie. Bref, d’amener les soignants « droit dans le mur ».

« Notre destin est Collectif », twittait le 17 août dernier Emmanuel Macron. Le lendemain matin, Arnaud Chiche, le fondateur du collectif « Santé en danger » (SED), qui ne cesse de marteler son esprit « collectif », postait le message suivant sur Twitter : « Merci Monsieur de Président de nous avoir entendus. Nous sommes prêts. »
 
Réputé pour ne pas avoir sans langue dans sa poche, le Pr Laurent Thines a réagi du tac au tac : « En fait, on est en plein délire interprétatif… Arnaud, c’est plus grave qu’un "burn-out", fais toi aider STP, n’entraîne pas tous ces gens qui vous font confiance dans le mur... »

Comment en est-on arrivé là ? Comment deux médecins, qui, sur le papier, militent tous les deux pour la défense de l’hôpital, considèrent tous les deux que le Ségur de la santé était une imposture, en sont venus à se bouffer le nez sur les réseaux sociaux ?
 
Joint par WUD, Laurent Thines tient à préciser en préambule que ses prises de position ne représentent pas le collectif inter-hôpitaux (CIH) dont il fait partie. Il exprime simplement son opinion personnelle. Il est d’ailleurs bien placé pour parler d’Arnaud Chiche qui fut son co-interne à Lille il y a quelques années…
 
C’est donc tout naturellement que le fondateur de SED l’a contacté en août via les réseaux sociaux pour lui faire part de son projet qui, dans un premier temps, est apparu très positif au neurochirurgien (Laurent Thines). Tout d’abord parce que le collectif d’Arnaud Chiche, qui demande la réouverture du Ségur de la santé, « montrait que les soignants n’étaient pas satisfaits du Ségur 1 et donnait une dynamique pour préparer la rentrée sociale hospitalière ».
 
C’est aussi le fait de « regrouper les revendications des professions qui ne faisaient pas partie du Ségur 1 (assistantes sociales, pharmaciens, infirmiers libéraux, podologues, pédicure…) » qui a plu à Laurent Thines, lequel a aussi apprécié au départ le fait que l’on parlait de « professions trop souvent ignorées comme les sages-femmes »

"Phagocyter tout le monde"

Les deux hommes commencent alors à discuter de la manière dont leurs projets respectifs pourraient s’articuler. Sans réussir à se mettre d’accord « sur un fonctionnement plus collaboratif avec les autres collectifs et syndicats ».
 
Pour le neurochirurgien, la démarche d’Arnaud Chiche, à travers son collectif, est de « phagocyter tout le monde, de parler d’une seule voix au nom de tout le monde, de regrouper toutes les professions, tous les collectifs et syndicats sous SA bannière. Il y a chez lui une volonté hégémonique de porter la parole de la santé au niveau national sans inclure les acteurs qui se battent depuis des années », ce qui n’est « pas acceptable ».
 
Autre problème du collectif SED selon Laurent Thines : Arnaud Chiche est parti d’une page Facebook et il en déduit que tous les membres de sa page sont des adhérents à son mouvement. Or, « beaucoup ont adhéré sur Facebook mais ne sont pas de véritables adhérents, ils sont simplement venus pour suivre les débats et les actions ».
 
Et ce n’est pas parce que de nombreux collectifs ou syndicats se sont abonnés à la page Facebook qu’ils sont adhérents. Preuve en est, beaucoup d’organisations se seraient « retirées car elles n’auraient pas voix au chapitre car c’est le chef suprême et ses 7 collaborateurs qui veulent parler au nom de tout le monde et qui décident des actions à mener », tacle le chirurgien qui évoquait ce 25 août sur Twitter le « délire mégalomaniaque », l’« autoritarisme interne » et le « vide de la pensée » d’Arnaud Chiche.

Selon Laurent Thines, lui et ses compères auraient par exemple « interdit aux gens de manifester dans la rue ». Les initiatives spontanées ne seraient pas les bienvenues chez SED, alors que « la richesse d’un collectif, c’est de laisser la place aux initiatives pour enrichir le mouvement. Ce n’est pas quelqu’un qui décide pour tout le monde. »
 
Autre point de désaccord avec Arnaud Chiche : « Son attitude incontrôlable sur les réseaux sociaux », selon neurochirurgien qui estime qu’il a « insulté Olivier Véran » et qu’il « élimine de son collectif tous les contestataires. Beaucoup de personnes qui avaient émis des opinions contradictoires se sont fait bloquées sur sa page Facebook. Ce n’est pas démocratique. »
 
Au final, Laurent Thines a plutôt l’impression que tout cela « n’est qu’une bulle sur les réseaux sociaux qui ne va nulle part ». C’est pour cela qu’il essaye d’alerter les soignants. Parce qu’Arnaud Chiche « leur fait croire que les solutions sont simples, qu’il suffit de les mettre sur la table pour qu’elles soient validées ». Et de confier qu’il a « peur que beaucoup s’engagent dans une démarche et se retrouvent désabusés à la fin, car il n’y a pas de stratégie, pas de finalités définies, mais aussi beaucoup d’amateurisme et d’improvisation. Cela part dans tous les sens, il n’y a pas de fond. »

Profiter de la détresse des soignants 

Mais ce que craint le plus le neurochirurgien, c’est que SED « profite de la détresse de beaucoup de soignants fatigués par la Covid et beaucoup d’années de combats sans résultat significatif ». Pour, au final, « les amener droit dans le mur car cela risque de se terminer par une grosse déception ».
 
À l’inverse, le fonctionnement du CIH est d’après Laurent Thines, « plus démocratique, plus horizontal dans les prises de décisions. Nous avons développé une stratégie de fond sur plusieurs sujets : le mode de financement de la santé, l’Ondam, la T2A, l’organisation de la prévention au niveau national... »
 
Une expérience et un mode de fonctionnement dont aurait pu profiter SED, selon le neurochirurgien qui, dans un post sur Twitter, militait pour une plateforme de lutte commune Avec une direction partagée comprenant un ou deux membres de chaque entité (SED, CIH, CIU, CIB (collectif Inter-Blocs), syndicats, associations de patients…) qui aurait rencontré les instances pour le Ségur 2. Une belle utopie dont l’avenir s’inscrit de plus en plus en pointillé…

Portrait de Julien Moschetti

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