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Hépatologue-addictologue, Hélène Donnadieu fait partie du comité de pilotage du diplôme inter-universitaire (DIU) « Usage sexualisé de drogues et Chemsex », aux côtés notamment des Prs Benjamin Rolland (HCL), Laurent Karila (AP-HP), Amine Benyamina (AP-HP) ou encore Charles Cazanave (CHU Bordeaux).
Portée par quatre facultés, cette formation vise à donner aux professionnels les outils nécessaires pour repérer ces pratiques, identifier les usages problématiques et accompagner les personnes concernées. Après une première promotion d’une vingtaine de participants l’an dernier, l’équipe vise pour cette seconde édition une trentaine d’inscrits. Présentation.
What’s up Doc : Pourquoi avoir créé un DIU spécifiquement consacré aux usages sexualisés de drogues ?
Hélène Donnadieu : Il n’existait pas vraiment d’enseignement universitaire consacré à cette thématique en France, alors que nous recevions beaucoup de demandes de médecins et, plus largement, de soignants. Le phénomène se diffuse au sein de la communauté HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes), mais également, depuis quelques années, dans l’ensemble des sexualités. L’objectif est de favoriser une approche inclusive et non jugeante chez le plus grand nombre possible de professionnels, afin qu’ils puissent repérer ces pratiques, identifier lorsqu’un usage devient problématique et, si nécessaire, orienter vers des soins addictologiques. L’accès aux soins n’est pas homogène sur l’ensemble du territoire pour les personnes pratiquantes. Nous avons donc voulu proposer un DIU national, mais aussi francophone : l’année dernière, nous avions notamment des participants de Suisse et du Liban.
Quelle différence faites-vous entre chemsex et usages sexualisés de drogues ?
HD. : Le chemsex est une forme d'usage sexualisé de drogues. Historiquement, le terme s'est a surtout été créé et s'est répandu au sein de la communauté HSH. Les usages sexualisés de drogues, eux, constituent une catégorie plus large, qui peut concerner toutes les sexualités. Aujourd'hui le terme « chemsex » est le plus couramment employé, mais il faut garder en tête cet historique.
« L’objectif est de proposer une approche globale du soin autour de ces pratiques et de leurs conséquences »
À quels professionnels est destiné ce DIU ?
HD. : Il n’est pas réservé qu’aux médecins. Nous accueillons des infirmiers, des sexologues, des psychologues, des travailleurs sociaux ou encore des accompagnateurs communautaires. Ce sont principalement des personnes qui travaillent dans le soin ou auprès de publics concernés par ces usages. Mais nous pouvons aussi recevoir des candidatures plus atypiques. L’an dernier, nous avions par exemple un commissaire de police et un juriste. Les candidatures sont examinées à partir d’un CV et d’une lettre de motivation. L’idée est d’évaluer la pertinence de la formation pour des professionnels qui, même s’ils ne sont pas soignants, peuvent être amenés à rencontrer des personnes pratiquant le chemsex.
Comment l’enseignement est-il construit ?
HD. : La formation propose plusieurs modules regroupés sur deux ou trois jours, avec une approche sexologique, addictologique – substance par substance, psychologique, sociale et communautaire. Nous abordons également les questions liées au stress minoritaire (stress auquel sont exposées les personnes appartenant à un groupe social stigmatisé, ndlr). L’objectif est vraiment de proposer une approche globale du soin autour de ces pratiques et de leurs conséquences.
Les 100 heures d’enseignement, de novembre 2026 à juin 2027, sont dispensées exclusivement en visioconférence et en direct, ce qui permet à des personnes partout en France, mais également dans d’autres pays francophones, d’y participer. Nous tenons au direct parce que nous voulons conserver des interactions avec les participants. Le différé n’est autorisé qu’exceptionnellement.
« On joue à la fois sur trois tableaux : l’endurance, la performance et la désinhibition »
Quelles sont les principales substances utilisées dans le chemsex en France et pour quels effets recherchés ?
HD. : Les principales sont les psychostimulants, surtout les cathinones et la cocaïne, souvent associés au GBL ou au GHB. Les cathinones, qu’on appelle communément la « 3 » (pour 3-méthylméthcathinone) ont des effets psychostimulants et psychodysleptiques, mais aussi des effets dits empathogènes et entactogènes : elles peuvent notamment augmenter le désir et l’excitation sexuelle vis-à-vis d’un ou plusieurs partenaires. Le GHB ou le GBL vont davantage provoquer de l’euphorie et de la désinhibition. On joue donc à la fois sur ces trois tableaux : l’endurance, la performance et la désinhibition.
Quels risques sont associés à ces consommations ?
HD. : Ils sont multiples. Au niveau aigu, les surdosages peuvent entraîner des complications cardiaques, neurologiques ou cardio-respiratoires. Et à moyen et long terme se pose notamment le risque de développer une addiction, avec une augmentation progressive des consommations et toutes les conséquences psychosociales qui peuvent l’accompagner : la personne peut progressivement se retrouver enfermée dans ses consommations, au détriment de ses autres activités.
« Partir du chemsex permet de poser la question plus globale de la santé sexuelle des personnes que l’on accompagne en médecine générale »
On imagine que la question de l’altération du consentement fait aussi partie des enjeux…
HD. : Oui. Nous abordons dans le DIU le consentement et la vulnérabilité chimique, à la fois sous leurs dimensions juridique, médicale et psychologique. Il faut réfléchir à l’impact que peut avoir la prise de substances dans un contexte sexuel sur son propre consentement et celui des autres, et à la possibilité de violences subies ou commises. Bien entendu, toutes les personnes qui pratiquent le chemsex ne subissent pas et ne commettent pas de violences. Mais ce sont des situations qui peuvent exister et, lorsqu’elles existent, il faut être capable de les repérer et de les accompagner.
Pour un médecin généraliste, quels éléments peuvent conduire à aborder la question du chemsex avec un patient ?
HD. : Comme pour toute consommation, il faut pouvoir aborder la question de l’utilisation de substances dans un contexte sexuel, quelle que soit la personne que l’on a en face de soi. Certains éléments peuvent attirer l’attention : la multiplication des infections sexuellement transmissibles, un multipartenariat qui devient important, ou encore l’utilisation régulière de substances associées au chemsex. Il faut alors pouvoir poser la question de manière empathique, avec des questions ouvertes, notamment en utilisant les principes de l’entretien motivationnel. L’enjeu est ensuite de déterminer si l’usage est problématique ou non et, lorsque c’est nécessaire, d’orienter la personne vers des structures identifiées pour un accompagnement spécifique.
Quel message souhaiteriez-vous adressez aux médecins qui pensent être peu concernés par le chemsex ?
HD. : La pratique du chemsex se diffuse de manière importante : elle concerne aujourd’hui 20% de la population globale. Et surtout, elle ne touche pas uniquement les grandes villes : absolument tous les territoires français sont concernés. Cela nécessite donc d’être formé pour savoir accueillir les personnes concernées. Cette formation ne porte d’ailleurs pas seulement sur l’aspect médical. Elle permet aussi d’acquérir des connaissances en sexologie et en psychologie, d’apprendre à aborder les traumatismes complexes et le consentement. Partir du chemsex permet finalement de poser une question beaucoup plus générale : comment aborde-t-on la santé sexuelle des personnes que l’on accompagne en médecine générale ? Même lorsqu’un médecin pense ne pas être très concerné par le chemsex dans sa patientèle, rien ne dit qu’il a correctement repéré les personnes qui le pratiquent.
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