Pr Makoto Miyara, PU-PH et DJ : « En mix comme en recherche, le but est de raconter une histoire et de tenir le public en haleine »

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PU-PH en immunologie à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), Makoto Miyara partage son temps entre médecine interne, recherche cellulaire et platines. Du violon classique à la techno mélodique, il raconte comment la musique nourrit sa pratique de chercheur – et vice versa. 

Pr Makoto Miyara, PU-PH et DJ : « En mix comme en recherche, le but est de raconter une histoire et de tenir le public en haleine »

© DR / iStock 

Interniste de formation, Makoto Miyara est aujourd’hui PU-PH en immunologie à la Pitié-Salpêtrière. Après une thèse de sciences puis un post-doctorat au Japon auprès de l’illustre Pr Shimon Sakaguchi, il développe des travaux consacrés aux cellules immunitaires régulatrices et à leurs applications potentielles dans les maladies auto-immunes, la transplantation ou encore la régénération des organes. 

Mais derrière le médecin-chercheur se cache aussi un musicien : d’abord violoniste, l'homme de 49 ans a progressivement évolué vers le DJing et s’est notamment illustrer lors de soirées universitaires. Rencontre. 

 

What’s up Doc. La médecine était-elle une évidence pour vous ?

Makoto Miyara. Ça a été progressif. Au lycée, j’étais dans un environnement assez élitiste où les élèves partaient plutôt en prépa. De mon côté, je voulais trouver quelque chose d’utile, et la médecine l’est évidemment. J’avais aussi quelques figures parmi des amis de la famille qui m’ont fait comprendre que c’était possible. Et, pour le folklore, lire La Peste de Camus m’a également motivé, même si ça n’a pas été un déclic à proprement parler. Ce n’était pas une vocation absolue depuis tout petit, mais une construction.

 

Et la musique ?

MM. : Il y a deux chapitres. Le premier, c’est le violon : mes parents m’y ont mis quand j’étais petit. C’était une échappatoire dans cet environnement lycéen assez lourd, très axé sur la pression des résultats. Au départ, je trouvais l’instrument très contraignant et ingrat. Puis, à mesure que je commençais à le maîtriser, j’y ai pris goût. Le côté artistique, presque rebelle, me plaisait : c’était une manière d’être différent de ce qu’on nous enseignait au lycée. J’aimais à la fois l’aspect très technique et exigeant de l’instrument, et, plus tard, l’art, la créativité et l’émotion. J’étais très porté sur les mathématiques à l’époque et j’aimais la construction géométrique de la musique, comme chez Bach. Mon père étant artiste peintre, il y avait aussi cette sensibilité à la maison.

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Avez-vous envisagé d’en faire votre métier ?

MM. : Oui, au moment de commencer mes études de médecine. J’ai beaucoup joué du violon en première année, mais mener les deux de front était difficile. Au conservatoire, on m’a fait comprendre qu’il fallait choisir. J’ai donc arrêté vers 20 ans, en deuxième année de médecine. Je n’ai repris que pendant mon internat, en rejouant en groupe avec d’autres musiciens de médecine interne. Le violon est un instrument qu’on perd très vite lorsqu’on ne pratique pas, et chaque reprise est difficile.

 

« J'ai joué à trois reprises lors de soirées à la faculté devant 1 000 personnes, étudiants et collègues, c'était fantastique ! »

 

Comment êtes-vous passé de la musique classique aux platines ?

MM. : On m’a donné l’album Discovery de Daft Punk vers 2000. Ça a été un vrai choc. J’y voyais une forme de génie dans le recyclage : récupérer de petits samples de disco, les mettre en boucle, les assembler et les concaténer. Puis, lors de leur concert Alive en 2007, je les ai vus mixer leurs propres titres sous forme de mashups. Je découvrais cette manière de construire la musique : faire du neuf avec du vieux, et faire du neuf avec ses propres titres. 
Après mon internat et mon post-doctorat de deux ans au Japon, entre 2006 et 2008, j’ai pris un poste d’assistant en biologie en 2009. Je sortais beaucoup avec des amis et collègues et j’ai rencontré des DJ qui m’ont expliqué comment leur univers fonctionnait. Ça m’a passionné : les consoles de mixage et les platines sont de véritables instruments de musique. J’ai donc pris des cours pour comprendre.

 

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le mix ?

MM. : Les bases se maîtrisent assez vite. Mais ensuite, il faut construire quelque chose. La règle absolue, c’est que la musique ne doit jamais s’arrêter jamais. Il faut raconter une histoire, avec un début, des pics, des silences puis des redémarrages. C’est très similaire à ce qu’on fait en recherche lorsqu’on répond à une question en racontant une histoire. Construire un mix demande aussi beaucoup de curation. Pour préparer un set d’une ou deux heures, on peut sélectionner 200 à 250 titres afin d’avoir suffisamment de choix au moment de jouer. Il ne s’agit pas simplement de passer les morceaux les uns après les autres en appuyant sur Play, mais de proposer une sélection travaillée, adaptée au public, sans être trop « perchée ». 

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Oui, car vous avez eu rapidement l’occasion de jouer en public…

MM. : J’ai eu la chance de mixer dans des clubs grâce à des DJ rencontrés sur place, et des amis qui m’ont fait jouer dans des restaurants et des bars. Au début, pour m’entraîner, je mixais aussi en semaine dans des salles vides après la fermeture des bars, simplement pour tester le rendu.
À la faculté, nous avons également organisé trois grosses soirées avec les étudiants, baptisées « PH aux platines ». Nous sommes montés jusqu’à 1 000 personnes, c’était fantastique ! Tout s’est arrêté avec le Covid, et ce genre d’événement demande énormément d’organisation aux associations étudiantes.

 

Jouer devant vos collègues et vos étudiants, ce n’est pas trop impressionnant ?

MM. : Il y a toujours du trac, mais ce sont de très bons moments. Dans ce type d’événement, la prise de risque est minimale : il faut avant tout assurer un set efficace. L’expérience vient avec le temps. Finalement, c’est un peu comme un cours magistral : il y a des moments où l’on déroule ce que l’on maîtrise tout en s’assurant que les gens restent accrochés. En mix, c’est pareil : il faut sentir la température de la salle. Moi, je suis plutôt techno mélodique et house : j’aime quand ça bouge. Mais il faut savoir adapter son set au public pour que la soirée fonctionne.

 

« Donner une seconde vie à un morceau, c'est comme piocher une idée dans un article oublié pour appuyer de nouvelles hypothèses »

 

La musique vous apporte-t-elle quelque chose dans votre travail de médecin et de chercheur ?

MM. : Absolument. Tout est connecté et les deux univers s’enrichissent. L’apprentissage fonctionne selon le même principe : il faut d’abord maîtriser la technique et les bases, que ce soit pour le violon, le mix ou la méthodologie en recherche. Ensuite, il faut connaître le répertoire. En musique classique, ce sont les grandes œuvres de Bach, Beethoven ou Brahms. En techno, ce sont les titres et les producteurs iconiques qu’il faut connaître pour savoir quand les placer. En recherche, c’est la même chose : il faut connaître la littérature et les articles clés qui constituent la base du savoir. 
Puis vient la curation : aller chercher des pépites méconnues. En recherche, on peut parfois piocher des idées dans des articles oubliés pour relier des concepts solides à de nouvelles hypothèses.
Enfin, il y a la connexion avec le public. Lorsqu’on présente ses travaux dans un congrès, notamment comme keynote speaker (discours principal), on attend de nous une prestation forte et des nouveautés, un peu comme d’un artiste en tête d’affiche d’un festival. Le niveau d’exigence et la structure de pensée sont très proches. Cette dynamique créative entretient une gymnastique intellectuelle permanente.

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Quel est votre morceau « valeur sûre », celui qui fonctionne presque à tous les coups ?

MM. : Il y en a plusieurs ! Scala d’Agoria fonctionne toujours très bien vers la fin d’un set. Il y a aussi Domino d’Oxia. Dans l’âge d’or de la techno mélodique, autour de 2014-2016, Maceo Plex et Gabriel Ananda ont sorti Solitary Daze. Et l’un des plus grands morceaux reste pour moi le remix de Return to Oz de Monolink par ARTBAT. Quand ce titre passe, le public devient fou.

 

Et à l’inverse, un morceau plus difficile à placer ?

MM. : Recondite (producteur allemand) compose ses propres morceaux et les joue dans des sets assez sombres. C’est très bon, mais plus difficile à caler hors d’une ambiance particulière. Son morceau Warg, par exemple, est très perché. Dans un contexte spécifique, comme un mix dans un parking à la berlinoise, ça passe très bien !

1 commentaire(s)
Noelle C Dermatologie vénérologie 20 août 2026 19:17

Très intéressant de sortir de la culture purement médicale à des domaines artistiques ... bravo !

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