Peste à Madagascar : oubliez Camus !

Un médecin de MSF revient sur l’épidémie d’octobre dernier

Le Dr Tim Jagatic a participé au mois d’octobre dernier à la mission de Médecins sans frontières (MSF) contre l’épidémie de peste pulmonaire qui sévissait à Tamatave (ou Toamasina en malgache), sur la côte Est de Madagascar. Ce spécialiste de médecine tropicale, qui partage son temps entre le Canada, la Croatie et des missions aux quatre coins du globe, revient sur cet épisodeet on est loin des envolées littéraires à la Camus.

What’s up Doc. Comment l’épidémie de peste a-t-elle démarré à Madagascar ?

Tim Jagatic. Tous les ans, il y a des cas de peste bubonique entre septembre et avril dans les régions centrales du pays. Mais en août, un cas de peste pulmonaire a été détecté à Tamatave, sur la côte. Ce n’était ni la saison, ni la localisation, ni la forme habituelle de la maladie. Les gens ont donc d’abord pensé à une pneumonie particulièrement agressive. Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont réalisé que c’était autre chose.

WUD. Quel a été le rôle de MSF ?

TJ. Nous avions une petite équipe multidisciplinaire de sept ou huit personnes, avec des compétences en médecine, eau et assainissement, logistique… Notre rôle était d’aider le ministère de la Santé, et nous nous somme établis dans leur hôpital. L’idée était notamment d’améliorer le système de triage. En un mois de mission, entre 200 et 300 personnes ont été traitées par nos équipes, et quand je suis parti l’épidémie était sous contrôle.

WUD. Comment prend-on en charge une telle maladie ?

TJ. Heureusement, à l’ère des antibiotiques, il existe un traitement : nous donnions aux patients de la streptomycine. Mais il s’agit là de la partie la plus facile du travail. Ce qui est plus compliqué, c’est de remonter la chaîne de transmission. Il faut comprendre le comportement, les croyances de la population. Certains pensent que la peste est liée à la sorcellerie, ou que c’est un complot du gouvernement ! L’enjeu est donc de réussir à expliquer la maladie et sa transmission de façon simple, et d’aider les médecins locaux à convaincre les communautés.

WUD. Vous avez aussi effectué des missions en Afrique de l’Ouest lors de l’épidémie d’Ebola. Comment compareriez-vous les deux maladies ?

TJ. La grosse différence, c’est qu’il existe un traitement reconnu pour la peste ! Mais en dehors de cela, le sentiment d’urgence est similaire : la peste est une maladie qui a été capable de tuer un tiers de la population européenne au Moyen-Âge, et si on n’agit pas vite, elle est extrêmement mortelle. Et l’autre point commun est la nécessité de faire un travail quasi-anthropologique pour comprendre les populations.

WUD. Avez-vous pensé à Albert Camus quand vous étiez là-bas ?

TJ. Cette vision de la peste comme quelque chose de mystérieux, qui vient de nulle part, était la mienne jusqu’à ce que je voie la maladie. Mais une fois sur le terrain, on réaliste à quel point la peste est traitable. Votre tâche la plus importante est de combattre la désinformation.

Source: 

Adrien Renaud

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