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À Saint-Étienne, la compétence avant le standing
Loin des établissements privés réputés pour leur discrétion, certains hôpitaux publics accueillent eux aussi des personnalités connues. Pas forcément pour le confort d’une chambre ou le prestige d’une adresse, mais pour une compétence médicale identifiée. Au CHU de Saint-Étienne, le service de chirurgie orthopédique reçoit régulièrement des patients issus du monde sportif, parfois très exposés médiatiquement. Pour les équipes, cette confiance est une fierté. Mais elle impose aussi une organisation particulière.
Dans le service du Pr Rémi Philippot, l’accueil de ces patients identifiés et identifiables repose d’abord sur une règle simple : protéger leur confidentialité sans désorganiser le soin. « La confidentialité est la clé, le patient est mis sous X. Il bénéficie parfois d’une sécurité renforcée devant sa chambre, pour le protéger des supporteurs par exemple ». Pas de suite luxueuse ni de traitement spectaculaire, mais une attention renforcée à tout ce qui entoure la prise en charge : anonymat, circulation de l’information, visites, entourage, exposition médiatique.
Une reconnaissance pour tout un service
Ce qui attire d’abord ces patients n’est pas le standing hospitalier, mais l’expertise. Le CHU de Saint-Étienne n’a pas nécessairement, auprès du grand public, l’image d’un centre de référence pour la chirurgie orthopédique du membre inférieur. Pourtant, selon Rémi Philippot, « le recrutement se fait beaucoup par des relations privilégiées avec les staffs médicaux des sportifs ou encore par leur agent ». Dans le sport de haut niveau, la réputation circule par les médecins, les kinésithérapeutes, les préparateurs physiques, les agents. Le bouche-à-oreille professionnel vaut parfois davantage qu’une communication institutionnelle.
Pour un chef de service, recevoir ce type de patient peut donc être une reconnaissance. C’est le signe qu’un savoir-faire est identifié au-delà du territoire immédiat de l’hôpital. Mais cette fierté ne repose pas sur une seule personne. Rémi Philippot insiste sur la solidité du collectif : « Notre personnel est extrêmement qualifié, on a très peu de turn-over d’infirmières par exemple, au bloc elles travaillent avec moi depuis 10 à 15 ans ». La stabilité des équipes devient ici un argument de qualité. Elle permet de maintenir une prise en charge fluide, maîtrisée, reproductible, y compris lorsque la notoriété du patient ajoute une pression supplémentaire.
Pour les soignants, une vigilance de chaque instant
Car pour les soignants, un patient célèbre n’est jamais tout à fait un patient comme les autres. Le soin doit rester identique, mais l’environnement change. Il faut éviter les fuites, limiter les accès inutiles à l’information, gérer les proches, les agents, parfois les supporteurs, tout en préservant le fonctionnement habituel du service. La difficulté tient aussi à conserver la juste mesure : ne pas banaliser les risques liés à la notoriété, mais ne pas transformer non plus la prise en charge en événement exceptionnel.
La pression pèse particulièrement sur les équipes paramédicales. À chaque transmission, à chaque relève, à chaque accès au dossier, la vigilance doit être accrue. Le risque n’est pas seulement extérieur, avec les journalistes, les curieux ou les fans. Il peut aussi venir de l’intérieur de l’institution.
Le rappel à l’ordre d’Orbis
Ainsi, l’AP-HP a dû auditer les accès à son dossier patients informatisé Orbis après des soupçons d’accès abusif à des dossiers de patients, dont certains pouvaient concerner des personnalités publiques. L’épisode rappelle une évidence parfois sous-estimée : la confidentialité n’est pas une formalité administrative, mais une discipline collective.
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Pas de médecine à deux vitesses
Accueillir une personnalité peut donc valoriser un service, renforcer la réputation d’une équipe et rappeler que l’excellence médicale ne se limite pas aux établissements les plus visibles. Mais cette reconnaissance a un coût organisationnel. Un patient VIP peut devenir une source de fierté, à condition que sa notoriété ne prenne jamais le pas sur l’essentiel : la qualité du soin, le respect du secret médical et l’équité de prise en charge avec tous les autres patients.
Le « VIP syndrome » : quand la célébrité détériore le soinOui, il arrive, et c’est prouvé, que s’occuper d’une personnalité célèbre génère un stress dans l’équipe soignante. C’est le psychiatre américain Walter Weintraub qui a formalisé le concept en 1964. Le VIP syndrome décrit comment l’influence de la richesse et l’attrait de la célébrité peuvent conduire les médecins à dériver vers des comportements risqués. Examens inutiles ou insuffisants, soumission aux demandes du patient, ingérence des administrateurs hospitaliers. Le cas Michael Jackson est le plus emblématique. Son médecin personnel, Conrad Murray, lui administrait du propofol presque chaque nuit, les deux mois ayant précédé son décès, pour l’aider à dormir ; et ce, en dehors de toutes les recommandations médicales et, naturellement, en dehors du bloc opératoire ou d’une chambre de réanimation, donc sans aucune surveillance adéquate. |
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