Médecins à 23€ vs. coiffeurs à 30€. Episode #3 : « Ce qui ne va pas, c’est le paiement à l’acte »

Rencontre avec Jean de Kervasdoué, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers

La critique est récurrente : les généralistes français sont tellement mal rémunérés que le prix de la consultation, 23€, est largement inférieur à ce que le patient pourrait payer chez le coiffeur (de l’ordre de 30€). « What’s Up Doc » a demandé à plusieurs économistes ce qu’ils pensaient de cette comparaison. Après Christophe Marques et Philippe Leduc, voici le regard de Jean de Kervasdoué, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers.


What’s Up Doc : Comparer le prix d’une consultation à celui d’une coupe de cheveux a-t-il un sens d’un point de vue économique ?

Jean de Kervasdoué : Contrairement à ce qu’on apprend à l’école, on ne compare généralement que des choses qui ne sont pas comparables. Bien entendu les prestations d’un coiffeur et celles d’un médecin ne sont pas les mêmes, mais comparer les tarifs permet toujours de donner une idée. On peut aussi mettre en regard le prix d’une heure de travail d’un médecin avec celui d’une heure de travail d’un avocat, qui tourne autour de 150 euros hors taxes. Pour une consultation d’un quart d’heure à 23€, le médecin a 5 minutes de travail administratif. On peut donc estimer que son revenu horaire est environ moitié moindre que celui d’un avocat.

WUD : De quoi ces chiffres sont-ils le signe ?

J. de K. : Ce qui ne va pas, c’est de payer à l’acte une prise en charge qui, au moins pour les généralistes, est plutôt une prise en charge de maladies de longue durée. On ne s’en sortira pas en faisant passer le C à 25 ou même 30 euros. Tous les autres pays occidentaux s’en sont aperçus depuis longtemps. Aux Etats-Unis, seulement 1% des médecins installés en ville sont payés à l’acte. Les autres sont salariés de groupements, payés à la capitation… La règle, dans beaucoup de pays d’Europe et du monde, c’est un forfait annuel. Le paiement à l’acte n’est justifié que dans certains cas, notamment en chirurgie, en biologie… encore faudrait-il que les nomenclatures soient revues.

WUD : Le paiement au forfait ne risque-t-il pas d’être lourd pour les finances publiques ?

J. de K. : Les comparaisons internationales nous montrent qu’il est possible, en passant à la capitation, d’augmenter d’environ 30% le revenu annuel des médecins tout en baissant les dépenses d’assurance maladie. Lorsque les médecins sont payés de cette manière, ils prescrivent beaucoup moins. C’est l’expérience qu’a fait un pays comme le Danemark.

WUD : Les médecins français sont pourtant très attachés au paiement à l’acte. Un passage au forfait ne risquerait-il pas de rencontrer de fortes résistances ?

J. de K. : Il faut donner le choix aux médecins, et faire comme pour le PACS. On n’a pas obligé les gens à se pacser, on leur a offert un nouvel espace de liberté. Cela devrait être pareil avec la capitation.

Source: 

Adrien Renaud

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