Médecin généraliste en France et anapath en Suède

Pas toujours facile d’obtenir une équivalence de diplôme à l’étranger

Diane a 33 ans, elle est médecin, mais elle a changé à la fois de pays et de spécialité il y a 5 ans. Ce qui a motivé son choix ? L’amour d’abord, car un Suédois l’avait séduite – bien que moins réputés que leurs homonymes féminines ces derniers ont tout de même la capacité de faire chavirer les cœurs – mais aussi l’envie de découvrir un autre pays, et un autre mode d'exercice.

 

Il y a encore quelques années, la reconnaissance des diplômes en Europe n’était pas tout à fait au point, malgré la directive de 2005. Alors quand Diane a débarqué à Stockholm en 2010, elle s’est vu refuser la possibilité d’exercer malgré son doctorat en médecine générale. La commission chargée des médecins étrangers lui a demandé de refaire entre 2 ans et demi et 5 ans d’internat pour obtenir son équivalence.

Elle a décidé que quitte à refaire des études, autant choisir une autre filière, et s’est inscrite en anapath, parce qu’elle avait beaucoup aimé un stage dans cette spécialité lorsqu’elle était externe. Entre temps, pour financer ses études et s’habituer au système médical suédois, elle a travaillé comme interne dans un centre de santé pendant 15 mois. Elle y a découvert une organisation très différente, où les médecins généralistes sont bien rémunérés (55 000 couronnes, soit environ 6 000 euros), ne font pas d’heure supplémentaire, et où les infirmières, sage-femmes, et autres para-médicaux s’occupent de tout ce qui ne relève pas directement du domaine médical. « La maison de santé ouvre de 8h à 17h et pas une minute de plus. Matin et soir il y a des pauses-café réglementaires. L’emploi du temps des médecins est géré par les infirmières, avec un rendez-vous toutes les 20 minutes. »
En Suède les technologies de la communication sont bien intégrées dans la pratique médicale : elle a souvent une heure de RDV téléphoniques de 10 minutes le matin pour informer les patients des résultats de leurs biopsies, cotés dans ses actes. Des staffs sont organisés par visioconférence avec des grands services spécialisés pour discuter de certains cas. Le télé-conseil existe également dans certaines régions isolées géographiquement, le médecin généraliste réalisant avec son patient à côté de lui une demande d'avis spécialisé auprès d'un confrère. Et le dossier médical informatisé est généralisé, même s'il y a parfois des problèmes de compatibilité entre régions, ou entre hôpitaux et centres de santé. Les ordonnances sont envoyées dans une base centralisée sécurisée, et les patients peuvent se rendre dans n'importe pharmacie pour retirer leur traitement.
Des campagnes nationales encouragent les patients à limiter leurs consultations dans les services d'urgence, ou à l'utilisation raisonnée des antibiotiques. "Les patients ne consultent quasiment jamais pour un rhume en Suède. C'est à la fois une question de culture et d'éducation je pense. De plus, les laboratoires ont peu d'influence sur les prescriptions médicales, car les Suédois sont très critiques sur ce point."
Par ailleurs la pratique médicale est plus encadrée, avec des recommandations nationales publiées annuellement, et une analyse des examens, traitements et actes effectués par chaque médecin : « ça m’a fait bizarre la première fois que j’ai reçu ma liste de prescriptions pour l’année ! ». En effet, chaque centre de santé a un budget fixé selon le nombre de patients et leurs caractéristiques (système de capitation), et c’est le centre qui paye les spécialistes à qui les médecins adressent leurs patients. Un système de santé très différent, qui convient tout à fait à Diane : "ici on ne dit pas "je suis médecin", mais "je travaille comme médecin". Ça montre la différence de vision des Suédois..."

N.B. : En cas de litige, il existe une branche de la Commission européenne qui aide les particuliers à défendre leurs droits au sein de l’UE appelée Solvit, auprès de qui les médecins installés dans un autre pays peuvent adresser leurs demandes.

Source: 

Sarah Balfagon

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