Médecin et chercheur demain ?

Le médecin 3.0 sera impliqué dans la recherche, en quête des dernières innovations utiles pour ses patients, connecté et en réseau avec les investigateurs de son territoire. Longtemps réservée aux hospitalo-universitaires, la recherche s'ouvre de plus en plus aux centres hospitaliers et cliniques, et tente maintenant d'atteindre les cabinets de ville.

Qu’est-ce que la recherche clinique ?
La définition retenue par la loi est celle d’une « recherche organisée et pratiquée sur l'être humain en vue du développement des connaissances biologiques ou médicales ». La Direction générale de la Santé évalue à plus de 1 million¹ le nombre de personnes incluses dans un essai en France. Majoritairement hospitalière, la recherche se développe en faveur des pathologies suivies en ambulatoire.

Pourquoi participer à la recherche clinique ?
Les raisons sont multiples, individuelles ou d’intérêt général. La recherche contribue à la formation et à l’évolution des pratiques. Elle maintient le lien avec les équipes médicales du CHU, favorise le travail en équipe et contribue à la renommée de ceux qui y participent. Elle peut aussi constituer un élément de diversification d’activités et de sources de revenus. Sur ce dernier point, des dispositifs innovants de rémunération restent à trouver pour motiver les médecins salariés comme libéraux ! Au-delà, la recherche est une réponse à une attente des patients, à présent très informés : celle de pouvoir bénéficier des innovations les plus récentes.

La recherche clinique, instrument de décloisonnement des modes d’exercice
Quand les médecins choisissent l’installation libérale, ils le vivent trop souvent comme une rupture avec leur faculté, abandonnant enseignement et recherche. Il est temps de trouver le moyen de conserver, pour ceux qui le souhaitent, une collaboration avec leurs confrères de l’hôpital public et de l’exercice hospitalo-universitaire.

La recherche a besoin de tous les médecins
Il existe de nombreux obstacles à l’accomplissement des essais cliniques. Je vois trois principaux facteurs : les critères d’inclusion sont très stricts, et peu de centres ont assez de patients pour remplir les objectifs ; ensuite, les CHU accueillent le plus souvent des patients en phase aiguë, dont le suivi principal est réalisé dans un établissement de proximité ou en ville ; enfin, sans temps d’assistant de recherche clinique, le médecin ne peut pas consacrer le temps nécessaire au travail de repérage, de recueil du consentement et de suivi des patients.

La recherche comme moteur des dynamiques territoriales
Sous le règne de la tarification à l’activité, les coopérations uniquement tournées vers les soins sont difficiles à faire vivre. La concurrence entre acteurs, la recherche d’un niveau d’activités satisfaisant, l’isolement de l’exercice en cabinet libéral et la charge de travail clinique constituent des obstacles au développement de la recherche clinique.
En écho au développement d’une approche personnalisée des soins, l’élargissement du socle de praticiens participant à la recherche clinique va de pair avec une rénovation des modes d’exercice en équipe et en réseau. D’autant que les outils techniques sont disponibles (dossier patient informatisé, e-CRF, cloud permettant de stocker et partager des données patients de manière sécurisée, etc.) et facilitent ce travail en réseau.
Il est de la responsabilité de chaque médecin de se servir de ces nouvelles opportunités pour contribuer au progrès médical et aux découvertes de demain.

À LIRE SUR CE SUJET
Le déroulement des recherches biomédicales en France,  du point de vue des personnes qui y participent - DGS 2006 – Sous la responsabilité des Professeurs  Isabelle Durand-Zaleski (CHU Henri-Mondor) et Anne Fagot-Largeault (Collège de France)
Place de la France dans la recherche clinique internationale – LEEM Enquête 2014 – rapport final

* Directeur général du CHU d’Angers

SOURCES - 1. Le déroulement des recherches biomédicales en France,  du point de vue des personnes qui y participent - DGS 2006

Portrait de La rédaction
article du WUD 21

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Commencons par un commentaire qui fâche : la sécu, totem de la France depuis sa création en 1945, n’est plus depuis longtemps ce qu’on prétend.
Mais il y a un vrai risque chaque année...
Professeur d’anesthésie-réanimation et de médecine d’urgence

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