Les pharmaciens anglais distribueront directement des antibiotiques

… sans passer par la case « médecin »

Les pharmaciens anglais pourront désormais effectuer des tests de diagnostic rapide pour savoir si leurs clients ont une angine bactérienne. Si c’est le cas, ils leur prescriront des antibiotiques directement, sans en référer au médecin.

 

C’est la semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques, et on dirait que l’Angleterre a décidé de fêter ça. En cas d’angine, le NHS vient en effet d’autoriser les pharmaciens à distribuer directement des antibiotiques, sans passer par la case médecin. La condition ? Qu’un test de diagnostic rapide ait pu déterminer que l’angine en question est bien d’origine bactérienne.

« Tout ce qui peut réduire notre dépendance et notre usage inapproprié des antibiotiques est bon à prendre », commente le Dr Adam Roberts, microbiologiste à l’University College de Londres cité par la BBC. Mais la lutte contre l’antibio-résistance n’est bien entendu pas le seul objectif du NHS dans cette affaire. Celui-ci entend aussi éviter des consultations chez les généralistes anglais, dont les files d’attente ne cessent de s’allonger.

Tu peux pas test !

Qu’en est-il de notre côté de la Manche ? On le sait peu, mais les pharmaciens français sont déjà autorisés à effectuer les tests de diagnostic rapide en cas d’angine. Cette possibilité leur avait été donnée par un arrêté de juin 2013, suspendu en 2015 mais rétabli cet été.

Mais pour l’Ordre des pharmaciens, pas question de s’aventurer plus loin que la simple orientation diagnostique en la matière. « Si les tests indiquent qu’il faut éventuellement des antibiotiques, c’est du seul choix des prescripteurs », indique-t-on du côté la vénérable institution. « Dans ce cas, le pharmacien dirige vers le médecin. »

Votre pharmacien vous veut du bien

Et pourtant, les officines pourraient jouer un plus grand rôle dans la lutte contre l’antibio-résistance. « C’est une très bonne idée d’utiliser les pharmaciens », estime le Dr Jean Carlet, président de l'Alliance mondiale contre le développement des bactéries multirésistantes et co-auteur d’un rapport sur le sujet remis l’année dernière à Marisol Touraine.

Mais ce réanimateur tempère aussitôt. « Je ne crois pas qu’une initiative comme celle du NHS puisse être mise en œuvre rapidement en France », explique-t-il. «  Les généralistes ne seraient pas du tout d’accord. »

Balayer devant sa porte

Jean Carlet rappelle d’ailleurs que les médecins français disposent déjà de tests gratuits, directement distribués par les caisses d’assurance maladie. « Mais on estime que seulement 30 % des généralistes les utilisent de façon régulière », regrette-t-il. « La plupart estime que ces tests sont trop longs, qu’ils désorganisent leurs consultations… alors qu’ils sont utilisés dans plusieurs pays. »

Bref, avant de mettre ses pharmaciens à contribution dans la lutte contre les bactéries multi-résistantes, la France ferait peut-être mieux de commencer par utiliser les compétences de ses propres généralistes.

Source: 

Adrien Renaud

Portrait de La rédaction

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