Les labos, les associations de patients, et les médecins : un ménage à trois pas toujours rose

Il y a de l’eau dans le gaz à la conférence « Doctors 2.0 and you »

C’est peu de chose que de dire que les rapports entre médecins et associations de patients sont houleux. Il suffit de lire ce communiqué de la CSMF, principal syndicat de la profession, à propos du CISS, principal collectif de patients, pour s’en convaincre. Mais il y a peut-être encore plus délicat que cette relation difficile : la relation entre les associations de patients et l’industrie pharmaceutique. Celle-ci était justement le sujet d’une session organisée hier dans le cadre de la conférence « Doctors 2.0 and you » à Paris, et les discussions ont fait entrer en scène un troisième larron. Devinez qui ? Le médecin.

A la tribune, trois leaders d’opinion à la tête d’associations de patients connues dans le monde entier. Tous ont survécu à des maladies graves, et tous expriment leur gratitude envers l’industrie pharmaceutique qui leur a sauvé la vie. Mais tous ont aussi des griefs à son encontre.

Andrew Schorr, président du « Patient Empowerment Network », n’hésite pas à attaquer. « Les patients s’organisent, se connectent entre eux, et les compagnies n’y comprennent rien ». Seth Ginberg, fondateur de la plateforme pour patients atteints d’arthrose « Creaky Joint », se fait accusateur : « J’ai des exemples de patients qui sont morts parce que l’industrie ne parle pas assez », explique-t-il. Nuria Zuniga, blogueuse espagnole qui porte la voix des personnes atteintes de lupus, est plus indulgente, mais a également des frustrations à exprimer. « J’aimerais que les laboratoires ouvrent vraiment la porte aux patients », explique-t-elle.

Ainsi attaqués, les représentants de l’industrie pharmaceutique présents dans la salle ne pouvaient rester sans répondre. « La loi nous interdit d’avoir des contacts directs avec les patients », justifie l’un d’entre eux. Il est vrai que pour prévenir les risques associés à l’usage du médicament, de nombreux pays interdisent aux laboratoires toute publicité ciblant directement le consommateur final.

Pour sortir de cette impasse, c’est le médecin qui doit jouer l’intermédiaire. C'est ce qu’a expliqué le militant Andrew Schorr en prenant l’industrie pharmaceutique à partie : « Nous parlons aux médecins en permanence, et vous aussi ». Peut-être que dans certains pays, les relations entre médecins et associations de patients sont suffisamment sereines pour contribuer à rendre cette communication à trois efficace. Mais en France? Pas si sûr…

Source: 

Adrien Renaud

Portrait de La rédaction

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