Les congrès de cardiologie sauvent des vies

Mais ca n’est pas ce que vous croyez

Lorsque les cardiologues interventionnels "stars" sont absents de leurs services, la mortalité à 30 jours des patients qui y sont admis pour infarctus du myocarde… baisse. Oui, c’est sérieux ! Ce sont des chercheurs d’Harvard qui le disent, et le Journal of the American heart association (JAHA) qui le publie.

Les congrès médicaux sont l’occasion de se former, de rencontrer des confrères et d’échanger avec eux, d’assister à des présentations sur les derniers résultats de la recherche, de découvrir de nouvelles techniques et des traitements innovants. Et, pour les cardiologues, de donner une petite chance de survie supplémentaire à leurs patients.

C’est ce que laissent penser les résultats d’une étude menée à l’université d’Harvard, et publiée le 9 mars dernier dans la revue JAHA. Les chercheurs ont étudié la survie à 30 jours de patients admis pour infarctus du myocarde dans des hôpitaux universitaires américains sur un critère particulier : la présence des cardiologues interventionnels au Transcatheter cardiovascular therapeutics (TCT), le congrès majeur de ces spécialistes.

Une absence préjudiciable… ou pas

Anupam Jena, médecin spécialiste en santé publique au Massachusetts general hospital de Boston (États-Unis) et auteur principal de l’étude, est un habitué de ce genre de recherches. Ses précédentes investigations avaient montré que la mortalité était en baisse pendant les inspections d’établissements hospitaliers, ou en hausse pendant un marathon, alors que les routes étaient coupées pour l’évènement. D’autres, encore en attente de publication, montrent que les médecins arrangent leurs scores de survie en choisissant des patients plus sains, ou encore que Halloween ne joue pas sur les hospitalisations d’enfants diabétiques.

En démarrant celle-ci, Jena et son équipe sont partis avec l’idée que l’absence de ces praticiens – souvent les plus réputés dans leurs hôpitaux respectifs – serait synonyme d’une perte de de chance pour les patients. Mais ils ont montré l’inverse…

Au total, ce sont plus de 34 000 hospitalisations entre 2007 et 2012 qui ont été décryptées. En comparant les données, de très légères différences ont été observées pour les patients dont la condition a nécessité une angioplastie, mais ces différences n’étaient pas significatives. En revanche, la mortalité globale à 30 jours était inférieure de plus de 8 % pendant les congrès (15,4 % contre 16,7 %). Ce gain de chances est encore plus flagrant chez les patients souffrant d’infarctus du myocarde sans élévation du segment ST (mortalité inférieure de près de 14 %).

Qui aime bien

Soucieux de vérifier la véracité statistique de leurs résultats avant de jeter les meilleurs cardiologues des hôpitaux universitaires sous le bus, les chercheurs ont vérifié si les taux de prise en charge dans ces hôpitaux ne variaient pas pendant les congrès. La réponse est non, les admissions sont identiques… Le profil des patients aussi, ainsi que l’âge des praticiens.

Pour expliquer ces différences, ils ne se mouillent pas trop. « La principale limite de notre étude réside dans l’incapacité à établir les raisons de la baisse de la mortalité pendant les congrès TCT », expliquent-ils prudemment dans leur article, notant au passage que des différences de traitement hors procédure invasive semblaient avoir leur rôle à jouer. Traduction politiquement incorrecte : les cardiologues interventionnels pêchent sur la prise en charge médicale.

Rendez-vous en septembre

« Quand les médecins concentrent leur attention sur une procédure précise, ils peuvent négliger le développement de leurs autres aptitudes cliniques, qui sont importantes dans le résultat de la prise en charge, tout autant que les compétences dans cette procédure », ajoute Anupam Jena. Finalement, c’est plutôt clair !

Environ 10 % des prises en charge ont eu lieu pendant les congrès de l’American heart association (AHA) et de l’American college of cardiology (ACC). Au bénéfice des médecins, comme l’a montré la crise cardiaque en plein congrès du président de l’AHA en novembre dernier, et visiblement à celui des patients.

À titre d’information, le TCT2018 se tiendra entre le 21 et le 25 septembre prochains, à San Diego (États-Unis). C’est dit.

Crédits photo : Roderick Eime/Flickr

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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