Le CHU de Brest pointé du doigt : parole de patient

33 heures d'attente avant l'intervention

Blessé au bras à la suite d'un accident de tronçonneuse, un patient admis au CHU de Brest témoigne dans Ouest France de son sentiment d'abandon... En soulignant le professionnalisme du personnel soignant.

L'actualité de ces derniers mois, voire des dernières années, a montré comment le manque de moyens matériels et humains dans la prise en charge des urgences pouvait avoir des conséquences dramatiques, causant des décès sans doute évitables. Le témoignage d'un Breton de 33 ans passé par les cases urgence et traumatologie rappelle que les drames ne sont pas les seuls à devoir interpeller les professionnels et surtout les tutelles en charge du système de santé. Il reste d'énormes problèmes à résoudre pour améliorer l'expérience patient...

Un chirurgien au four et au moulin

Son expérience, le patient la raconte dans Ouest France qui titre : « Blessé, il a attendu 33 heures avant d’être soigné par l’hôpital de Brest ». « Ce 14 février, je me blesse avec ma tronçonneuse et le muscle de mon avant-bras gauche est sérieusement entamé : 7 cm de long, sur 3 de profondeur… Le saignement est important, alors nous faisons avec mon épouse un pansement de fortune, et nous nous rendons au CHU de Brest (Finistère) », explique-t-il dans le quotidien.

Le patient n'a pas vraiment attendu 33 heures aux urgences. Il est renvoyé chez lui 7 heures après son arrivée, une fois examiné, et avec une grosse faim, visiblement, étant resté à jeun depuis son arrivée. Mais la partie intéressante de son témoignage réside dans l'impression de désorganisation qu'il a ressentie. « Ma plaie a été nettoyée trois fois : le dernier chirurgien à s’être occupé de moi a dû sortir de la salle au moins cinq fois pour chercher des fournitures manquantes, et a été dérangé par une demi-douzaine d’appels, ce qui l’a obligé à se redésinfecter les mains à chaque fois », explique-t-il.

33 heures d'attente, 14 minutes d'action

Finalement, rendez-vous est pris pour le lendemain matin à 8 heures, pour un passage au bloc. À 7 heures, le chirurgien appelle pour signaler qu'il lui est inutile de se déplacer pour l'instant. Il lui faudra attendre. Mais impatient, la plaie toujours ouverte, il rappelle une heure plus tard. « Une infirmière m’apprend qu’une chambre m’attend au service traumatologie », poursuit-il.

À son arrivée, une « légère collation » lui est apportée... Mauvais signe ! Ce n'est finalement que 16 heures plus tard qu'il passera au bloc, « sans aucune information fiable » durant son attente, pour une intervention qui durera un petit quart d'heure... Bilan : 33 heures entre l'admission aux urgences et le passage au bloc.

À bas la logique comptable !

Loin d'être rancunier envers le personnel soignant, le patient semble au contraire se joindre à leur mécontentement. « L’ensemble des personnels soignants qui se sont succédé, parfois simplement pour nous dire que nous n’étions pas oubliés, a fait preuve d’un réel professionnalisme », souligne-t-il ainsi. « Le fait que les urgences soient priorisées est normal, et je ne souhaitais pas de régime de faveur. Mais la gestion technocratique du CHU s’avère dramatique : quelle dégradation en quelques années ! »

« Quel dommage que la santé soit gérée par des comptables ! Courage aux soignants de travailler avec ces contraintes ! », ajoute-t-il, visiblement connaisseur. Ce n'est pas tous les jours que les patients mécontents s'associent aux revendications de leurs bourreaux contraints, alors profitons-en !

Portrait de Jonathan Herchkovitch

 

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