Le cabinet devient un champ de bataille

Mais les médecins ne sont pas des soldats

D’après les chiffres de l’Observatoire de la sécurité des médecins, 1 035 incidents violents ont été déclarés en 2017. C’est le chiffre le plus élevé depuis la création de l’organisme qui les recense, il y a 15 ans.

Au cabinet médical, le respect est mort. Ou au moins, il s’étiole. Certains parlent encore d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître : celui où le médecin, notable, était particulièrement considéré, et sa pratique respectée. Ce temps est révolu. Le médecin est-il perçu comme un simple prestataire de service, qui doit répondre à une demande ? La société est-elle plus violente ? Peu importe : aujourd’hui, des médecins sont agressés. Quotidiennement.

En 2017, ce sont 1 035 évènements qui ont été signalés. Ces chiffres émanent de l’Observatoire de la sécurité des médecins, créé par l’Ordre, et qui recense les incidents concernant ses membres depuis 2003. Cette année, ce sont les plus élevés jamais enregistrés.

Une prise en charge "insatisfaisante"

Les déclarations portent sur des agressions, qu’elles soient verbales ou physiques, mais aussi sur des vols ou tentatives de vols et du vandalisme. Dans près de deux tiers des cas (62 %), il s’agit d’agressions verbales, et les agressions physiques comptent pour 7 % des déclarations.

L’agresseur est, une fois sur deux, un patient. Près de 300 incidents sont motivés par un reproche fait au médecin, relatif à la prise en charge. Dans 147 cas, il s’agit d’un refus de prescription, et pour 107 évènements, d’un temps jugé excessif.

C’est en Paca, dans les Hauts-de-France et en Île-de-France que les incidents sont les plus nombreux, avec respectivement 163, 135 et 129 déclarations. Par leur position en premier recours, les généralistes, qui ne comptent que pour 40 % des effectifs, sont surreprésentés avec 61 % des cas recensés. Ensuite, les ophtalmologues, les psychiatres et les dermatologues sont les spécialistes les plus touchés.

Des agressions plus violentes

Plusieurs éléments sont particulièrement inquiétants. Alors que les femmes représentent 47 % de la profession, elles constituent 51 % des victimes, contre seulement 46 % en 2016. Ensuite, si le nombre d’agressions physiques est relativement stable – la hausse générale est surtout causée par une augmentation du nombre de vols –, leur violence semble accrue. Ainsi, 71 actes ont donné lieu à une interruption de travail. Et pour 20 médecins, cet arrêt a dû être supérieur à 8 jours, soit plus de deux fois plus qu’en 2015 et 2016 (respectivement 7 et 9).

La CSMF « dénonce ces situations inacceptables » dans un communiqué paru ce mercredi. « Combien faudra-t-il de médecins agressés, blessés, voire tués, pour que les pouvoirs publics réagissent ? », s'interroge-t-elle. Elle demande que les appels d’urgence des médecins soient traités en priorité par les services de police (ah bon, t'es sûr ?), que les cabinets soient sécurisés par l’installation de caméras de surveillance sur la voie publique, et qu’une aide soit fournie aux médecins pour installer des systèmes de vidéosurveillance dans les salle d’attente, ainsi que des boutons d’alarme dans les cabinets (ce qui paraît moins discriminatoire envers le reste de la population).

De son côté, l’Ordre des médecins « regrette que, l’année passée, le taux de plaintes déposées par les victimes (38 %), comme celui des mains courantes (10 %), soit resté trop faible ». Et, il est nécessaire de le rappeler : les 1 035 incidents ne sont sans doute que la partie émergée de l’iceberg, celle des médecins qui se donnent la peine de déclarer leur agression auprès de l’Ordre.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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