Le 29 mai, appel à la mobilisation internationale de la santé

Pronostic vital engagé. Et c’est celui de la santé publique. Des coupes budgétaires et un personnel épuisé, la santé ne doit plus passer en second plan. Pour cela, un ensemble de collectifs internationaux appelle à la mobilisation le 29 mai. Entretien avec le Dr Sophie Crozier, médecin hospitalier neurologue et membre du collectif Inter-hôpitaux (France) et Gilles Grégoire, membre de La santé en lutte (Belgique).

La santé, actrice principale de notre société et pourtant releguée au rang de figurante ? Pour que la santé ne soit plus reléguée au second plan des enveloppes budgétaires, un appel à une mobilisation internationale a été lancé. Le rendez-vous est pris le 29 mai. C'est l'initiative de plusieurs collectifs dont les premiers signataires sont :

  • Collectif Inter-Blocs, France ;
  • Collectif Inter-hôpitaux, France ;
  • Collectif Inter Urgences, France ;
  • Materia Grigia, Italie ;
  • La santé en lutte, Belgique ;
  • Sud Santé Sociaux, France. 

"L'idée est de pouvoir avoir une mobilisation qui dépasse ce qu’on a déjà fait en France, on a échangé avec des collectifs européens, et d'autres pays rencontrent des situations similaires, avec des politiques d’austérité depuis des années qui entrainent 2 grandes conséquences. D'une part du côté des professionnels de santé, il y a une grande difficulté pour recruter du personnel en nombre dans les hôpitaux, cela est dû notamment aux conditions de travail difficiles, des salaires trop bas, et trop de travail et d'autre part pour les patients des difficultés croissantes d’accès aux soins, notamment par manque de lits et de personnels ", entame Sophie Crozier. "Au niveau européen, les besoins de santé augmentent mais pas le budget. Sur un plan d'aide de 750 milliards d'euros accordé au début de la pandémie, seul 1 milliard a été dédié à la santé. Le discours ne correspond pas à la réalité. Il est important de se mobiliser", renchérit Gilles Grégoire. 

La santé n’est plus prise comme un bien public ou un droit fondamental mais comme un paramètre budgétaire comme un autre.

La pandémie a à la fois mis en lumière l'importance des professions de santé mais le côté obscur, les coulisses ont également fait l'objet d'un coup de projecteur. Les moyens, les lits, le matériel manquent, le personnel fait des heures incalculables, un métier éprouvant physiquement et moralement et le salaire ne suit pas. 

"La santé n’est plus prise comme un bien public ou un droit fondamental mais comme un paramètre budgétaire comme un autre. Depuis la crise 2008-09, la mode est à l’austérité budgétaire, il y a des coupes dans les dépenses sociales dont la santé. On dénonce cette déshumanisation totale de ce que veut dire la santé, qui devient un bien marchand", ajoute Gille Grégoire. 

"Oui, nous dénonçons depuis longtemps que l’hôpital-entreprise, le fait que la santé soit considérée comme quelque chose qui doit être rentable. La situation est dramatique et elle est partagée en Europe. On a cette dette publique à rembourser et les services publics, surtout santé et éducation sont toujours la dernière roue du carrosse", déplore à son tour Sophie Crozier. "Cette mobilisation est très importante, on ne se mobilise pas pour nous comme acteurs de terrain, mais pour qu’enfin nos gouvernements nous donnent les moyens pour prodiguer des soins de qualité et en toute sécurité pour les patients. On ne peut pas faire des journées de 24h, les infirmières travaillent parfois 16h d’affilée, ce n'est plus possible pour nous de voir les gens pleurer parce qu’ils sont épuisés ou qu'ils ne peuvent plus matériellement faire leur travail comme il le faudrait", ajoute-t-elle.

Les revendications à l’issue du 29 mai

Le communiqué dédié à cette mobilisation liste 5 revendications principales : 

  • "L’accessibilité universelle aux soins de santé et aux médicaments (en particulier les vaccins contre le COVID-19 actuellement). Pour ce faire, les décisions politiques doivent préserver les systèmes de sécurité sociale et garantir des financements publics solides, pérennes et adaptés aux besoins.

  • Le déploiement d’une nouvelle politique de santé publique incluant : des investissements dans le logement, des politiques sociales garantissant des conditions matérielles de vie dignes, la lutte contre toutes les formes de discrimination (racisme, sexisme, homophobie, transphobie, validisme, âgisme, etc.), l’accès à l’éducation et à la culture qui sont des déterminants de la santé.

  • Une augmentation massive de l’investissement dans les moyens matériels et humains. Celle-ci doit être à la hauteur des besoins de santé et être conforme à des normes d’encadrement contraignantes. Elle doit comprendre une vraie revalorisation salariale des plus bas salaires et une réduction du temps de travail réel.

  • La refondation de l’organisation de tout le système de santé et de la gouvernance hospitalière pour un système socialisé associant les acteurs et actrices de terrain et les usagers et usagères aux décisions des projets de soins.

  • L’annulation au niveau européen de la dette des institutions de soins et l’abandon du système mortifère de la rentabilité financière de nos systèmes de santé (notamment de la tarification à l’acte dans les pays concernés)."

Face à ce combat de taille, quelle place pour l'optimisme ? "On essaie de rester optimistes sinon on ne se mobiliserait pas, on a encore un peu d’espoir. Notre action dépasse les frontières de notre pays et même de l’Europe. A la fois la crise Covid nous a éprouvé mais on a aussi compris beaucoup de choses, comme le fait qu'il est essentiel d’avoir un système de santé fort avec des moyens. C’est pour cela que l’on espère que l’ensemble des citoyens européens vont comprendre l’importance de cette mobilisation et nous rejoindre nombreux", explique Sophie Crozier.

"Il est l'heure de réfléchir au modèle que l’on veut pour demain. On ne peut pas continuer à accepter que les budgets pour la santé soient constamment inférieurs aux besoins de santé de la population. Les économies année après année conduisent à réduire tous les moyens, notamment à l’hôpital où des lits continuent de fermer alors que les malades sont de plus en plus nombreux à attendre sur des brancards aux urgences. Même si par moments nous sommes un peu résignés face à la situation actuelle, nos échanges au sein de nos collectifs mais aussi avec les autres collectifs, associations et syndicats et au delà même de nos frontières aujourd’hui, nous donnent de la force de continuer à nous battre.  En unissant nos forces et nos idées, nous espérons être entendus et construire un monde de la santé plus juste. La solidarité est un élément majeur. Il faut garder espoir ", ajoute-t-elle. 

"En effet, il est difficile d’être optimiste vu les politiques menées et la situation, la destruction de l’environnement risque de nous confronter à d’autres gros problèmes. Comment faire face ? Mais cette capacité de mobilisation, cette solidarité internationale, cela nous permet de nous unir, de travailler ensemble et de manière intersectorielle. On se bat pour les droits des travailleurs et travailleuses de la culture, de l’enseignement, de la jeunesse, c'est un nouveau type de coalition", conclut Gilles Grégoire.

 

Portrait de Constance Maria

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