La princesse au surpoids

Critique de "100 kilos d'étoiles", de Marie-Sophie Chambon (sortie le 17 juillet 2019). 

Loïs, lycéenne en obésité morbide et passionnée d'astrophysique, rêve de devenir astronaute. Comprenant bien que son surpoids lui bloque d'emblée l'accès à toute possibilité de concrétiser son rêve, elle se met à ne plus manger... et finit à l'hôpital. Là, elle rencontre trois jeunes filles en souffrance elles aussi, qui vont s'unir pour l'aider à passer le concours du CNES et, peut-être, aller dans l'espace... Un joli premier film qui touche par sa bienveillance de chaque instant et réussit à trouver une tonalité qui le distingue du simple téléfilm auquel le synopsis semblait le destiner.

Certes, 100 kilos d'étoiles est dans l'air du temps. Tolérance et bienveillance au pays cruel de l'adolescence, il faut savoir transcender la tendance ! Marie-Sophie Chambon semble s'être accaparée de ce matériau avec beaucoup d'honnêteté, ce qui permet à la sensibilité dont le film regorge de ne jamais sombrer dans la mièvrerie. Et de pardonner certaines facilités de scénario.

Car l'essentiel est là : Chambon raconte tout simplement combien il est dur de sortir de la place à laquelle on nous assigne, de la case dans laquelle on est enfermé, surtout lorsque nous-mêmes y avons contribué. En suivant le road-trip de Loïs, ado à haut potentiel entravée par son poids et surtout sa vision d'elle-même, Amélie, jeune anorexique borderline, Stannah, en révolte contre son handicap physique, et Justine, dont l'électrosensibilité ressemble surtout à une phobie ou un TOC, nous nous rappelons à quel point tout est une question de confiance en soi. Non pas un optimisme béat, mais une façon de faire avec ce qu'on a, de tenter avant de renoncer, sans jamais trouver inutile de se dépasser, au risque de se surprendre... Une façon d’être face à son handicap, à sa maladie, qui change parfois bien plus de choses qu’un simple « traitement »...

Certaines scènes très fortes, comme celle où Philippe Rebbot - toujours excellent - déclare son amour au corps de sa femme obèse, jaillissent de ce film réalisé presque en sourdine, comme en témoigne le travail sur le son - doux et feutré, presque hypnotique. Ajoutons également une inventivité visuelle à partir de trois fois rien, et 100 kilos d'étoiles pourrait presque revendiquer une filiation avec Michel Gondry. Hélas, cette discrétion semble avoir contaminé les distributeurs du film, auquel la sortie plus que limitée ne rend pas justice. Il ne tient qu'au spectateur de réparer ceci...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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