La dérive de l'incontinent

Critique de "L'autre continent", de Romain Cogitore (sortie le 5 juin 2019). 

Deux êtres atypiques tombent amoureux au bout du monde, loin de leur monde. La force de l'amour face à la maladie, sur fond de douance, de symptômes autistiques et de perte de repères: "L'Autre Continent" est une comédie romantique à la fois pleine de charme et empreinte d'une profonde gravité. Quel dommage que l'ennui y règne en maître...

Il y a des films ovnis qui vous transportent vers les hauteurs stratosphériques, tandis que d'autres, poussifs, font tout pour y arriver mais échouent irrémédiablement, se contentant d'un retour un peu raté sur la terre ferme. La déception de ne pas avoir été au bout du voyage prometteur est d'autant plus grande. C'est un peu le cas de cet Autre Continent, que l'on a d'ailleurs le sentiment de n'avoir pas vraiment exploré mais plutôt contourné. Réalisé par un frère Cogitore, mais pas celui auquel on pensait - Clément, figure de proue d'un cinéma fantastique en renouveau. Pas de fantastique dans ce film, tout au plus de l'ésotérisme, de la spiritualité low-cost. Du Gondry sans produit psychoanaleptique. 

Ils ont pourtant du charme, ces deux héros atypiques, qui ne semblent à leur aise que dans l'ailleurs et l'à-côté. Toute la première partie, totalement lost in translation, dans laquelle ils s'apprivoisent, exposent avec une belle absence de retenue leurs failles et leur richesse, donnent naissance à une entité de plus en plus cohérente, leur couple, est très réussie. Romain Cogitore filme admirablement et avec une vraie et originale délicatesse cet éveil des sentiments. C'est alors que le film vire au drame médical. Et que les choses se gâtent. Jusqu'à quel point l'amour est-il indestructible face à la maladie? Et soluble dans la mémoire? L'étrangeté se fait plus gênante, comme tous ces moments qui se heurtent avec fort peu de bonheur avec l'actualité la plus récente : en faisant un pied-de-nez poétique à la rationalité de la science, Cogitore donne du grain à moudre à tous les parents Lambert du monde. Les miracles, c'est cool, surtout quand les grands spécialistes sont largués et ravalent leur fierté...

Toute la beauté de la mise en scène, toute la recherche plastique, photographique qui irradie l'oeuvre ne peuvent hélas rien contre l'ennui grandissant qui finit par nous faire abandonner le film. On avoue, il a été dur de ne pas s'endormir. La faute à un scénario au final sans réel enjeu et à une histoire qui tourne à vide, incontinente comme son héros. Le coup de la panne...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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