"Ils veulent me faire payer mon soutien à Didier Raoult" : les vérités de Joachim Son-Forget

Dans un entretien accordé à WUD, Joachim Son-Forget revient sur le faux article à propos de l'influence de l'hydroxychloroquine sur les accidents de trottinettes, dans lequel il est cité, pour déplorer cette initiative. Il aborde aussi la présidentielle à laquelle il a "très envie" de se présenter, et dit tout le bien qu'il pense de Didier Raoult.  

What's up Doc. Pourquoi selon vous avez-vous été mêlé à cette histoire de canular ? 

 Joachim Son-Forget. J’ai examiné les comptes sur les réseaux sociaux des auteurs de ce canular. Ils veulent me faire payer le fait que j’ai soutenu Didier Raoult pour son approche diagnostique et thérapeutique sur la Covid19. Je pense aussi que ce qui les agace, c’est que je sois député, chef d’entreprise, médecin, chercheur, musicien, tireur… Et je peux faire tout cela pas trop mal. Je pense qu’il y a beaucoup de jalousie dans cette histoire. Je fais vraiment tous les métiers que je dis que je fais. Pendant le confinement, j’ai eu pas mal de temps pour mener à bien nombre de ses missions. Ça les agace... Et ça génère des attaques : des gens discréditent mon travail, m’insultent, ce sont des choses graves, parfois c’est un peu difficile à vivre...

WUD. Vous usez vous aussi d’une certaine liberté de ton, en particulier sur les réseaux sociaux. N’avez-vous pas l’impression d’être l’arroseur arrosé ?

J. S.-F. L’humour et la satire ont été ces dernières années des armes intéressantes. Contre les fabricants de ce que j’appelle Le Bulshit, utiliser l’humour et la satire était une bonne façon de dénoncer des gens qui se prennent au sérieux, mais qui ne le sont pas du tout. C’est la tradition du Canard enchaîné, c’est aussi celle de Charlie Hebdo, c’est une tradition très française, et je la trouve plutôt saine. Il y a toujours eu un fou du roi, une personne qui revêt l'apparence du fou, pour dire ses quatre vérités à une personne qui ne pourrait pas les entendre sans ce jeu. Mais entre la satire, l'humour d'une part, et la mauvaise foi, le mensonge, les insultes déguisées en humour d'autre part, il y a un gouffre. Certains se sont attribués ces outils de l’humour et de la satire et les ont utilisés à mauvais escient. Mais on ne peut pas attendre mieux des idiots : ils ont le talent pour tout salir.

ce qui les agace, c’est que je sois député, chef d’entreprise, médecin, chercheur, musicien, tireur…

WUD. Considérez-vous que l’initiative prise par Mathieu Rebeaud (doctorant en biochimie), Valentin Ruggieri (médecin), Florian Cova (philosophe) est une bonne initiative ? c'est de la bonne satire ? Et que pensez-vous des revues dites prédatrices ?

J. S.-F. Je n’ai jamais publié dans une revue prédatrice. J’ai les diplômes que j’ai, je ne les ai pas trouvés dans une pochette surprise. J'ai étudié dans des institutions comme le CNRS, l'école normale supérieure ou encore le CEA (commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives) que je ne connaissais pas, j’ai dû cravacher. Je ne suis pas un grand publicateur, mais je suis fier de ce que j’ai publié. J’ai fait de la recherche appliquée en radiologie, j’ai sorti deux papiers de référence dans ce domaine. J’ai toujours dit et appris à mes étudiants qu’il ne fallait jamais s’adresser à des journaux prédateurs. Et je dénonce les publications dans les revues prédatrices, mais je ne vois pas très bien ce que je fais dans cette histoire. Je ne fais pas non plus partie du collectif "Laissons les prescrire". Comme médecin et chercheur, je ne me suis jamais adressé à ce type de journaux.

WUD. Vous avez annoncé des poursuites, où en êtes-vous ?

J. S.-F. J’ai en effet entrepris les démarches réglementaires, j’aimerais que les universités de ses praticiens statuent sur leurs actes. Je ne comprends pas qu'on puisse ironiser autour de la Covid 19, qui a entraîné de nombreux morts, des malades avec séquelles, des économies en berne, des choses gravissimes... Vous m’avez dit tout à l’heure que je faisais de la provocation. Avez-vous vu mon activité pendant la Covid ? Je ne rigole pas, j’ai fait mon travail à la commission de l’Assemblée nationale Covid, j’ai publié des choses très sérieuses, quand je suis au travail dans mon cabinet ou à l’hôpital, je fais les choses sérieusement. Et quand je prends une pause, je souffle, je m'amuse, c'est une tradition très carabine. En revanche, faire des faux articles à dessin, sur des gens victimes d'un drame, en se moquant au passage des reviewers de pays du tiers-monde, qui n'ont pas pipé mot aux private joke dont ce "faux article" est truffé, en adressant le tout à une revue chinoise, dans un contexte de guerre économique, je ne trouve pas cela très sympathique. 

Je ne comprends pas qu'on puisse ironiser autour de la Covid 19

WUD. Vous avez aussi relevé des préjugés de classe ? 

J. S.-F. Oui, en effet, on se moque du petit reviewer d'origine cubaine, je crois. Ce ne sont pas des gens qui ont eu la chance de faire des études en France, et on ne peut pas se moquer de professionnels qui font ce qu’ils peuvent avec des moyens universitaires et médicaux faibles, ils ne sont pas accompagnés par des grands mentors comme en France. Il y a aussi des clichés : les Indiens sont tous des gens faux, les Chinois sont tous des copieurs. Il y a aussi de l’excellence scientifique dans ces pays, mais il y a aussi de grands écarts. En France, nous avons tous accès à une bonne éducation universitaire et médicale.

WUD. Vos ambitions pour l'élection présidentielle sont-elles toujours intactes ?

J. S.-F. Je suis toujours intéressé pour représenter une tendance qui concerne pas mal de gens, des jeunes, des toubibs, des chercheurs, des militaires, des professionnels des forces de l’ordre, les Français de l’étranger... J’ai un petit public. Je représente une certaine forme d’anarchie de droite, qui ne s’empêche pas d’être solidaire en même temps. Mais je suis tout à fait conscient qu’il y a une barrière à l’entrée de la présidentielle, ce sont les 500 signatures de maires indispensables pour pouvoir se présenter. Je n’ai pas encore commencé ce travail de démarchage auprès des édiles. Je pense que je vais travailler sur cette question à la rentrée, ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Il faut bien peser le pour et le contre, il ne faut pas nourrir de faux espoirs chez les gens. J’y réfléchis tout de même, je ne m’interdis pas de changer d’avis, mais je ne m’interdis pas non plus d’essayer... J’ai envie d'y aller, mais il faut faire les choses de manière responsable.

WUD. Puisque vous dites que vous devez vos mésaventures à votre soutien à Didier Raoult, justement, le soutenez-vous toujours eu égard aux différentes études qui ont été publiées et qui semblent mettre à mal sa thérapeutique contre la Covid19 ? 

J. S.-F. Concernant le traitement, nous notons des choses contradictoires. Jusqu’à présent je n’ai pas vu d’autres traitements (que l'hydroxychloroquine et l'azithromycine, NDLR) capable d’abaisser la virémie, de raccourcir la durée des symptômes, voire de diminuer la mortalité dans des cas précis et notamment en cas de traitement précoce. À titre personnel, j’essaierai d’être diagnostiqué de manière précoce, et j’ai toujours sur moi une boîte de Plaquenil® et de l’azithromycine, ainsi que pour ma famille, si besoin. Mais cela n’engage que moi. Je constate seulement que quand il y a eu traitement précoce, ce traitement donne des résultats intéressants. Aussi, je trouve que de manière générale, la démarche de Didier Raoult est intéressante en soi, en créant un centre d'excellence, l'IHU dans les maladies infectieuses, dans un domaine qui intéresse peu les praticiens, car il n'y a pas beaucoup de financement… 

Il a aussi réussi à réunir des professionnels de grande valeur autour de lui. Je les ai aidé à faire du sourcing pour trouver des réactifs pour les tests PCR. J’ai fait une collecte d’argent pour l'IHU avec des amis. Didier Raoult a adopté une démarche sur les tests à grande échelle qui a été impressionnante et qu’il faut saluer. Il ne s’est pas trompé. Quelle que soit l’issue du débat sur la chloroquine,ce n’était ni l’alpha ni l’oméga de la démarche de l'IHU. On ne peut pas résumer l'IHU à l'hydroxychloroquine. Maintenant, que la personnalité de Didier Raoult ne plaise pas, c’est un autre débat. 

J’ai toujours sur moi une boîte de Plaquenil®

WUD. Qu'en est-il des travaux que vous avez menés sur la Covid pendant la crise ? 

J. S.-F. J’ai en effet mené des travaux pendant la crise de la Covid. Dans une de nos études, avec des amis avec qui je me plais à faire des statistiques, nous avons ainsi prouvé que le fait de fumer ne protège absolument pas de la Covid. J'ai publié avec un jeune auteur, par ailleurs étudiant en médecine et excellent en mathématiques. Ensuite, nous avons ensemble essayé de déterminer si la bêta-thalassémie était protectrice contre la Covid. Et nous avons alors émis une hypothèse de travail. Nous avons publié cette hypothèse médicale dans un journal qui ne publie que des hypothèses médicales, Medical Hypotheses, et ce n’est pas du tout un journal prédateur. Cette revue a même connu de grandes heure de gloire. Mais elle a connu un gros coup de mou, après avoir publié un article qui émettait de fausses hypothèses sur le VIH. 

Dans un troisième papier, enfin, nous nous sommes demandé si la quarantaine (et le confinement) pouvait avoir des effets négatifs sur la santé. Nous avons utilisé des données ouvertes, nous avons fait des statistiques. On nous reproche, concernant le papier sur la bêta-thalassémie, d’avoir constaté une régression entre trois points. Mais je rappelle que ce n’est qu’une hypothèse médicale : nous l'avons formulé comme on nous l’a demandé. Nous établissons nous-mêmes les limites de notre étude, et c’est pour cela que nous l'avons soumis à des journaux modestes. Je l’ai aussi fait pour cet étudiant qui voulait travailler avec moi, tout en lui précisant que je n’avais plus d’affiliation universitaire. Je lui ai dit que je pouvais lui apprendre à faire de la biblio, à faire des maths, et c’est ce que nous avons fait. Il est regrettable que des auteurs s’acharnent contre cet etudiant.

Portrait de Jean-Bernard Gervais

Vous aimerez aussi

Entretien avec Pierre-Louis Laget (deuxième partie)
L'interne voulait déplacer un patient dans un autre service que les urgences. 
Presse auscultée. Interrogé sur France Inter à l’occasion de la sortie de son ouvrage Ce virus qui rend fou, BHL a dénoncé "les exagérations du...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.