HP du Rouvray : la mobilisation passe un cap

Les grévistes ont faim

Mobilisé depuis plus de deux mois, le personnel du CH du Rouvray a décidé de passer à l’étape supérieure : sept de ses salariés ont entamé une grève de la faim pour dénoncer les conditions de travail, et d’accueil des patients psychiatriques.

À Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), un mouvement social court depuis le 22 mars dernier au Centre hospitalier du Rouvray. Les grévistes demandent le recrutement d’une cinquantaine d’aides-soignants et d’infirmiers pour faire face à l’afflux de patients dans le service de psychiatrie, l’un des plus importants de France.

Depuis le 21 mai, quelques salariés ont décidé d’en faire plus : quatre infirmiers, aides-soignants et brancardiers ont entamé une grève de la faim. Trois autres les ont rejoints au cours de la semaine. Ils ont entre 34 et 51 ans.

Des patients au placard

Dans le texte qui accompagne une pétition sur change.org, l’intersyndicale du CHR (CGT, CFDT, CFTC) expose ses revendications. Elle souhaite que les lits supplémentaires soient supprimés. Des « placards et salons » seraient transformés en chambres, « sans accès à des sanitaires » et « sans aucun moyen d’accueil supplémentaire ».

Elle demande également qu’une solution soit trouvée pour les mineurs, dont certains sont hospitalisés dans des unités pour adultes faute de place. Enfin, elle exige un renforcement des effectifs et l’arrêt de la fermeture des structures extra-hospitalières de proximité, dont les patients sont rebasculés vers l’hôpital. 

Désaccord de principe

« Cela fait des mois que nous tirons la sonnette d’alarme », a expliqué à l’AFP Jean-Yves Herment, secrétaire CFDT du CHSCT de l’hôpital. « La direction et l’ARS ne nous opposent que du mépris. Nous passons donc à une nouvelle phase ».

Du côté de la direction, l’oreille ne semble pas adhérer à l’état des lieux des personnels mobilisés. Le 24 mai, dans un communiqué, elle a affirmé que le service de psychiatrie ne souffrait « plus de suroccupation […] à la suite d’un ensemble d’actions mises en place le 15 avril », et que sur le mois d’avril, le taux de remplissage des lits ne dépassait pas les 98 %, « le taux le plus faible jamais enregistré ». L’embauche de cinq contractuels a été annoncée, loin des 52 postes réclamés.
« Les patients, on les enferme parce qu'on ne peut pas les sortir. Ça redevient un système asilaire. Alors on est peut-être mieux doté que les autres, mais moi je m'en fiche, je ne fais pas du chiffre, moi je suis un soignant, je soigne des gens », ajoute Jean-Yves Herment, également infirmier psychiatrique.

La santé des grévistes inquiète Benoît Hamon
En revanche, mea culpa de la direction pour l’hospitalisation des mineurs. Elle annonce que l’établissement et l’ARS travaillent afin de la limiter au maximum dans les services de psychiatrie générale. Elle « doit devenir l’exception », poursuit le communiqué. « L’hospitalisation des adolescents est désormais une priorité », ajoute la direction.

Le personnel en grève fait donc le pied de grue devant le centre hospitalier, et les grévistes de la faim se contentent d’eau et de café. Pour certains, le jeûne deviendrait déjà difficile. Après avoir perdu plusieurs kilos en une semaine, leur « santé commence à être menacée, selon les médecins du Samu » qui s’occupent d’eux, poursuit Jean-Yves Herment.

Ce mardi matin, Benoît Hamon s’est rendu sur place pour rencontrer les grévistes de la faim. « Faut-il que le dialogue social soit inexistant, la voix des salariés méprisée, pour que ceux-ci mettent en danger leur propre santé pour défendre celle des autres », a-t-il commenté sur Twitter.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

Portrait de La rédaction

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