Guyane : « une aventure qui me porte et me donne envie de rester »

À droite, le psychiatre Ousmane Sarr.

Ousmane Sarr est médecin psychiatre, responsable du centre médico-psychologique (CMP) de Maripasoula, à l’ouest de la Guyane. Régulièrement, il part à la rencontre des populations (bushinenges, péruviens, brésiliens, dominicains, chinois, Hmong, surinamais…) le long du Maroni, pour assurer des prises en charge psychiatriques sur le terrain. Interview.

What's up Doc. Pourquoi être venu travailler en Guyane ?

Ousmane Sarr. Je suis arrivé en septembre 2018. Je voulais expérimenter une autre pratique qui correspondrait plus à mes aspirations. A mon arrivée, j’ai été affecté au service d’hospitalisation complète de psychiatrie du Centre Hospitalier de l’Ouest Guyanais (CHOG) jusqu’au mois de décembre 2018. Puis, je suis devenu le médecin psychiatre responsable du CMP de Maripasoula. Avant mon arrivée, personne n’était en fonction à ce poste. C’est une opportunité qui m’a intéressé immédiatement.
 

Wud. En quoi ce travail vous plait-il ?

O. S. J’avais besoin de découvrir quelque chose d’autre, de vivre une expérience différente, intéressante et originale. J’ai trouvé cette originalité dans ma pratique à Maripasoula au contact des populations, dans leurs villages, là où ils se sentent le mieux, pour élaborer des prises en charge qui sortent du cadre hospitalier classique. Ici, au quotidien, mon équipe et moi sommes sur le terrain. Nous inventons des solutions. Nous sommes créatifs.
Nous partons en mission pendant 2 à 3 jours, 5 fois par mois, sur le fleuve Maroni et autour de Papaïchton, dans des villages amérindiens et bonis qui sont d’une beauté extraordinaire. Cette expérience apporte un grand souffle à ma carrière. Elle me nourrit professionnellement et intellectuellement. C’est passionnant.

 

Wud. En Guyane, quels sont les besoins actuels dans votre spécialité ?

O. S. Nous avons besoin d’autres psychiatres, notamment au pôle de Saint-Laurent du Maroni car nous ne sommes pas assez nombreux pour ce vaste territoire. Ce serait intéressant que d’autres professionnels puissent venir apporter ici leur façon d’exercer. Actuellement, je travaille sur un nouveau concept de CMP innovant, intégrant des dimensions plus locales, avec la mise en place d’antennes dans des villages pour assurer une proximité. Nous avons besoin que des psychiatres viennent renforcer nos équipes sur ce projet très ambitieux et intéressant. Les personnes qui désirent travailler sur le terrain, s’investir et créer des choses seront satisfaites car ici il y a des possibilités exceptionnelles.

 Cette expérience apporte un grand souffle à ma carrière

Wud. Quels soins prodiguez-vous dans les villages amérindiens et bonis ?

O. S. Je fais tout ce qu’un psychiatre réalise habituellement mais dans un contexte très différent. Il y a toujours un psychologue qui accompagne l’équipe et assure des psychothérapies individuelles ou des groupes de parole en fonction des villages et situations. Parfois, nous allons dans les écoles et collèges voir les enfants en difficulté, qui ont des problèmes d’apprentissage scolaire, des troubles du comportement ou psychomoteurs. Parmi les populations, il y a beaucoup d’addictions (alcool, drogues) et de suicides. Dans les villages, toutes les prescriptions sont faites sur place et nous délivrons les médicaments afin que les patients n’aient pas besoin de parcourir des kilomètres pour se rendre dans une pharmacie.
 

Wud. Pour vous, quels avantages y a-t-il à exercer en Guyane ?

O. S. La Guyane offre une liberté d’exercice. Ce qui m’a plu quand je suis arrivé, c’est l’importante autonomie dont je bénéficie. C’est un grand chantier, nous pouvons donc mettre en place des initiatives sans réelle contrainte. J’ai travaillé en Afrique, en Belgique, en Métropole et en Guadeloupe... En comparaison, l’exercice ici est exceptionnel. C’est un travail de santé communautaire avec des prises en charge au plus près de populations très demandeuses d’assistance et d’aide. La façon de concevoir la maladie mentale et les problèmes psychologiques est originale et on apprend à les comprendre dans la culture des peuples amérindiens et bonis. On s’enrichit, on devient plus compétent et pertinent dans ses choix thérapeutiques. C’est une vraie aventure qui me porte et me donne envie de rester.
 

Le samedi soir, c’est arrêt au carbet !
 
A Maripasoula, Cayenne, Grand Santi, Macouria et partout ailleurs dans la région, les carbets sont des lieux d’exception en pleine nature qui ont beaucoup de succès en Guyane. Après, une bonne semaine de travail à l’hôpital, rien de tel qu’un vendredi soir ou un week-end de repos en carbet, loin de toute civilisation. On accroche son hamac et sa moustiquaire, et place à un moment unique au milieu de la faune et la flore guyanaise, à la belle étoile, entre amis ou en famille. Le succès de ces escapades est tel que plusieurs sites internet recensent les carbets les mieux notés !
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Portrait de WUD
Par WUD

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