Gibiers d'impotence

Ciné week-end : Mise à mort du cerf sacré, de Y. L´anthimos (sortie le 1er novembre 2017)

Tout semble sourire à Steven, chirurgien cardiaque renommé marié à une superbe ophtalmologue et père de deux adorables enfants. Seule sa relation à un jeune ado de plus en plus intrusif, fils d'un patient décédé, semble discordante. Quand celui-ci met à jour son véritable dessein, il est déjà trop tard pour Steven et sa famille... Cinéaste surdoué, Yorgos Lánthimos s'offre avec ce film insoutenable une place de choix sur le bûcher des vanités !

Pauvre Nicole Kidman ! Dans Paperboy, son précédent film sélectionné à Cannes, elle urinait vaillamment sur un Zac Efron piqué par une méduse, pour repartir bredouille. Cette année, la voilà en train de réaliser une masturbation d'anthologie à un vieil anesthésiste libidineux... récoltant au passage un prix spécial ! Comme quoi il arrive que le scandale finisse par payer !

Trêve de plaisanterie, cette provocation nous sera probablement pardonnée en comparaison de la surenchère d'outrances que Yorgos Lanthimos se fait une joie - drapée dans une austérité faussement intellectualisante - de déverser pendant près de deux heures. Quelle faute le spectateur a-t-il commise pour se voir infliger cela ? Nous offrant un Colin Farrell monolithique dans sa veulerie en guise de miroir, quelle morale cherche à nous transmettre cet Haneke au petit pied?  

Le mystère de cet interminable hallali d'une famille déjà morte de l'intérieur réside uniquement dans le fait que, saturé de symboles, il n'en est pas moins vide de sens. Débutant au sein d'un hôpital par de splendides travellings que n'aurait pas reniés le Kubrick de la période Shining, le film embraye par quelques scènes conjugales évoquant irrésistiblement - mais sous forme d'antithèse - Eyes Wide Shut, bel hommage à une Kidman que Lánthimos ne méritait vraiment pas (elle est pourtant la seule, par un jeu qui n'a jamais été aussi froidement cruel, à éveiller notre intérêt).

Mais dès qu'il s'aventure vers le jeu de pistes pervers, passée la sidération de l'annonce du choix impossible auquel notre pauvre chirurgien est soumis, il ne reste que deux solutions au spectateur : accepter une souffrance gratuite et inéluctable sans broncher, ou s'en foutre... selon que l'on sera sensible au charme esthétisant d'un sadisme moral ou saoulé par une énième leçon reçue à la suite de la multitude de dilemmes éthiques auxquels notre métier nous confronte !

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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