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John Davidson, jeune ado sans histoire promis à une carrière de gardien de but dans l'Ecosse des années 80, se retrouve envahi de tics moteurs en tout genre, rapidement compliqués par une compulsion irrépressible à injurier ou à commettre des gestes agressifs. En cette période, le syndrome de Gilles de la Tourette est encore peu connu, et c'est sur cette méconnaissance qu'il va grandir stigmatisé, ostracisé puis isolé. Sa rencontre avec une ancienne infirmière psychiatrique, parce qu'elle aura posé un regard différent sur lui et sur son trouble, va le faire sortir de sa torpeur et affronter la vie réelle. Il ira beaucoup plus loin que ce que tout le monde, y compris et avant tout lui-même, aurait pu imaginer...
Efficace et sincère
Tout le monde l'aura écrit, et tout le monde aura eu raison : voici un film qui fait incroyablement de bien tout autant qu'il est efficace. On ressent à chaque instant le professionnalisme so british que l'on retrouve si souvent dans les comédies sociales, et si peu perfides, d'Albion. Ces accents populaires d'une sincérité désarmante et qui exaltent la forte solidarité qui semble cimenter les classes prolétaires depuis les années Thatcher. Mais à cette veine-ci, Kirk Jones a décidé d'ajouter un p'tit truc en plus.
Un caractère qui trouverait immédiatement sa place dans le panthéon haut en couleurs des Full Monty ou des Virtuoses, mais qui viendrait nous parler également, et intimement, de lui, à travers un parcours d'apprentissage et d'autonomisation progressive à valeur d'exemple, sans qu'il soit d'une quelconque lourdeur didactique ou emphatique.
On soulignera également, à la suite de la plupart des critiques et des professionnels lui ayant remis un BAFTA, l'incroyable performance de Robert Aramayo, qui habite l'humanité de son personnage avec une facilité déconcertante. Mais également celle, moins remarquée et tout autant remarquable, de Maxine Peake, ange gardien qui incarne avec force, et dans une dimension bien plus large que sanitaire et sociale, ce que représente prendre soin de quelqu'un.
Handicap et regard social
Le film dépasse le cadre, presque trop parfait, de son silo. Principalement pour deux raisons. La première est un rappel qui ne fait pas de mal : le handicap est une notion toute relative qui ne constitue pas une pathologie en soi mais repose sur le déséquilibre entre une vulnérabilité individuelle et un environnement insuffisamment fonctionnel.
Ainsi ce grand dadais de vingt ans vivant reclus chez sa mère est-il probablement plus « handicapé » de par cette mise au ban progressive, imposée puis intériorisée, que par les symptômes du Gilles de la Tourette. Et c'est bien par une implication et un changement de regard de quelques uns que ce rééquilibrage progressif, cette inscription dans la société, auront lieu - l'obtention d'un emploi symbolisant la place qu'il s'accorde et qui lui est faite.
Aux origines de la pair-aidance
Là où Plus fort que moi fait vraiment preuve d'originalité, c'est en nous ramenant aux origines de la pair-aidance, et à la source du concept sur lequel repose cette approche largement émergente et récemment professionnalisée. Nous observons naître en cet homme si prisonnier corporellement et enfermé mentalement une lumière progressive le faisant évoluer d'un vécu - avéré - de victime d'une maladie - et surtout de ses conséquences indirectes telles que le rejet et les agressions - à une position agissante sur celle-ci.
En se documentant sur le Gilles de la Tourette et en partageant cet éclairage à ses proches puis aux jeunes malades et à leurs parents, et enfin aux différents corps de métier pouvant être amenés à rencontrer - et mal traiter - les personnes qui en sont porteuses, il ne fait pas uniquement preuve de psycho-éducation.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/vigile-de-la-tourette
Son vécu et son recul lui confèrent un potentiel d'identification et leur apportent une perspective différente, source d'espoir et d'évolution. En ne se substituant aucunement au discours scientifique et au corps médical, représenté sous l'angle de la recherche. C'est cette complémentarité, et cette distinction nette entre les deux champs, qui donnent tout son intérêt et toute sa puissance à la pair-aidance.
Et c'est avec une pointe de nostalgie que nous assistons à la naissance spontanée et dès lors forcément authentique de cette démarche. Depuis, les formations et les protocoles sont passés par là, indispensables à la sécurisation de chacun, mais au risque des amalgames et des récupérations médicale, scientifique et économique.