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Tout commence par une série de consultations réalisées à distance. Lors d’un premier rendez-vous, d’une durée de sept minutes, un arrêt de trois jours est accordé sans contact avec un médecin traitant. « Allez, je vous mets trois jours d’arrêt », indique le praticien.
Quelques heures plus tard, une deuxième consultation, de moins de cinq minutes, aboutit à un nouvel arrêt. Le médecin propose spontanément : « Moi je vous mets un arrêt sans problème ».
Deux jours plus tard, un troisième praticien délivre à son tour un arrêt de trois jours après l’évocation d’un mal-être professionnel, portant le total à neuf jours en une semaine.
Selon Ouest-France, aucune des consultations n’a donné lieu à un examen clinique ni à une coordination avec un médecin traitant.
Une pratique en plein essor
La téléconsultation, largement développée depuis la pandémie de Covid-19, répond à une demande croissante. D’après une étude de la Drees publiée en février 2026, plus de sept Français sur dix estiment qu’elle permet de lutter contre les déserts médicaux et de désengorger les urgences.
Les délais d’attente en cabinet (43 %), le besoin d’une consultation rapide (33 %) et le renouvellement d’ordonnances (20 %) figurent parmi les principales raisons de recours.
Mais ces usages restent inégalement répartis : 21 % des habitants des grandes villes y ont recours, contre environ 10 % en milieu rural, note la Drees.
Cette facilité d’accès interroge dans un contexte de hausse des dépenses. Selon la Cour des comptes, les indemnités journalières liées aux arrêts maladie progressent de plus de 5 % par an en moyenne depuis 2019.
Le rapport Liobard (2010-2025) fait état d’une hausse de 32 % du nombre de journées indemnisées en quinze ans, évoquant notamment la simplification de l’accès aux arrêts via les outils numériques.
Encadre « le Far-West »
Face aux dérives, les pouvoirs publics ont déjà durci les règles. Depuis 2024, les arrêts prescrits en téléconsultation sont limités à trois jours et doivent être transmis via des formats sécurisés. Des contrôles renforcés permettent également de convoquer les assurés sous 48 heures.
L’Assurance maladie entend ainsi « remettre de l’ordre au Far-West », selon une expression rapportée en interne.
Une proposition de loi en cours d’examen pourrait encore renforcer le dispositif, notamment en interdisant le renouvellement d’arrêts sans contact direct avec le patient.
Pour les professionnels, la téléconsultation reste un outil utile, mais à encadrer. « Un arrêt de travail prescrit par un médecin qui ne connaît pas le patient doit toujours se faire après un examen clinique en présentiel », rappelle Pierre Simon, fondateur de la Société française de télémédecine.
Dans son enquête, Ouest-France souligne surtout un effet systémique : consultations courtes, patients inconnus et pression organisationnelle peuvent conduire à une délivrance rapide des arrêts.
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