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Epi-Phare, groupement d’intérêt scientifique réunissant l’Assurance maladie (CNAM) et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), a analysé les prescriptions de ces antibiotiques à large spectre, dont l’usage est restreint en raison d’effets indésirables potentiellement graves.
Entre 2014 et 2023, les prescriptions ont chuté de 59 %, passant d’environ 2,4 millions à 962 000, selon les données issues de la base The Health Improvement Network (THIN), qui couvre plus de 3 millions de patients suivis par environ 2 000 médecins généraliste.
Écarts particulièrement marqués pour certaines indications
Cette baisse ne s’accompagne toutefois pas d’un meilleur respect des recommandations actuelles. Si environ 75 % des prescriptions sont jugées conformes au regard des référentiels anciens, ce taux tombe à près de 25% lorsqu’elles sont évaluées selon les recommandations plus récentes de la HAS et de l’Agence européenne des médicaments (EMA).
Les écarts sont particulièrement marqués pour certaines indications. Pour les infections urinaires et prostatiques, la conformité chute d’environ 96 % avec les anciens référentiels à 24 % avec les plus récents.
Ces évolutions s’expliquent notamment par l’exclusion des fluoroquinolones dans les infections urinaires non compliquées chez les femmes, note l'étude.
Pour les infections respiratoires ou ORL, le respect des recommandations reste faible, entre 20 % et 40 %, quel que soit le référentiel utilisé.
Usages encore hors cadre
L’étude met également en évidence des prescriptions fréquentes dans des situations peu compatibles avec les recommandations, comme la toux, les bronchites ou certaines infections ORL.
Au total, environ 22 % à 26 % des prescriptions relèvent d’un usage hors AMM en 2023, un niveau qui reste élevé malgré les restrictions successives.
Des disparités sont observées selon les profils de patients, avec une conformité plus faible chez les femmes et les personnes âgées de 75 ans ou plus.
Les fluoroquinolones, bien qu’efficaces, sont associées à des effets indésirables rares mais graves, notamment des atteintes tendineuses, neurologiques ou cardiovasculaires, ce qui a conduit à restreindre leur usage à des situations sans alternative thérapeutique.
En 2023, une dizaine de patients victimes d’effets indésirables parfois graves avaient porté plainte pour blessures involontaires, mettant en cause la prescription de ces antibiotiques hors autorisation et le manque d’information quant aux effets secondaires.
Selon les auteurs, ces résultats illustrent « un écart persistant entre les pratiques cliniques et les recommandations actualisées », malgré les mesures mises en place ces dernières années pour encadrer leur prescription.
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