Femme de manage

Ciné week-end: Corporate, de N. Silhol (sortie le 5 avril 2017)

Harcèlement immoral : exerçant sans pitié son métier de responsable des ressources humaines au siège d'une entreprise tentaculaire, Emilie Tesson-Hansen se retrouve dans l'oeil du cyclone déclenché par le suicide d'un des salariés qu'elle devait "accompagner dans son process de changement". Premier long métrage sombre et nerveux, Corporate impressionne par la tension qu'il installe d'emblée et réussit à maîtriser de bout en bout.

Il y a quelques mois sortait Carole Mathieu, un ambitieux film sur le burn-out, porté par une Adjani l'ayant hélas fait sombrer dans une hystérisation confuse mal venue. Pourtant le sujet était porteur, et la déception à la hauteur de l'attente DU film français qui réussirait à aborder de façon pertinente la souffrance au travail, ce mal du siècle. Au milieu de ce ratage, l'impitoyable DRH jouée par l'excellente Corinne Masiero sortait du lot, au point que l'on était frustrés de voir ce personnage si peu développé.

Corporate comble tout à la fois ces lacunes et nos attentes. Voici une intrigue finalement assez simple, des moyens que l'on sent limités, et pourtant il réussit le tour de force de nous embarquer instantanément dans les pas de son héroïne pour ne plus la lâcher. Céline Sallette apporte une force peu commune à cette prédatrice qui devient bête traquée, ne faisant aucun effort pour la rendre aimable. Aucune concession ou presque dans la description minutieuse de la carapace d'inhumanité qu'elle a adoptée pour réussir à côtoyer les sommets, nécessitant une constante énergie oscillant entre la pulsion de vie et l'instinct de mort, se protégeant illusoirement de toute manifestation corporelle de sa tension pourtant omniprésente à coups de déodorant... Ce qu'elle donne dans se film, son regard notamment, la place de façon sidérante dans la famille des Signoret et autres actrices terriennes.

En Steve Jobs amoral et légèrement caricatural, Lambert Wilson n'est pas mal non plus. Mais l'aspect le plus intéressant du film réside dans la rencontre entre cette DRH qui s'enferme dans la paranoïa qu'elle s'est elle-même construite et une inspectrice du travail interprétée avec une belle authenticité par Violaine Fumeau - une révélation. La façon dont Emilie réussit peu à peu à revenir parmi les vivants, à se départir progressivement d'éventuelles excuses l'exonérant de sa responsabilité, redonne espoir. Elle rend ses lettres de noblesse à la notion de processus de changement, si souvent dévoyée, et de façon perverse, par des méthodes de management pour lesquelles l'humain reste un facteur limitant. Un peu comme si un supporter de Macron finissait par voter Mélenchon...

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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