Empathex, ou comment éviter que les futurs médecins oublient l’humain

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À la faculté de médecine de Nancy, l’association Empathex réunit des étudiants de deuxième et troisième années autour d’un même objectif : replacer l’humain, l’empathie et la relation avec le patient au cœur de leur formation médicale. Rencontre avec Eline Giannageli, secrétaire de l’association.

Empathex, ou comment éviter que les futurs médecins oublient l’humain

Quand l’association est-elle née et qu’est-ce qui a motivé sa création ?

E.G : L’association est née en 2017. Il manquait à la faculté de médecine une association véritablement tournée vers la solidarité et vers la relation entre le soignant et le soigné.

Il y a donc eu la volonté de créer Empathex pour mettre en avant une dimension plus humaine des études de santé.

 

Quelles actions menez-vous ?

E.G : Nous travaillons notamment avec les Restos du cœur, pour lesquels nous organisons des collectes et des maraudes pour distribuer des repas aux personnes dans le besoin.

Nous organisons aussi des bibliothèques de rue. Nous nous rendons dans des quartiers moins favorisés pour lire des livres aux enfants.

Nous collaborons également avec le CHRU de Nancy pour organiser des séances d’anamnèse. Des internes bénévoles accompagnent des étudiants en deuxième ou troisième année auprès de patients. L’objectif est d’acquérir les bons réflexes, de savoir poser les bonnes questions et de devenir, tout simplement, de meilleurs médecins.

Nous avons aussi tout un volet consacré à la jeunesse. Nous intervenons dans les écoles pour mener des actions de prévention sur les sujets demandés par les établissements. Nous avons obtenu un agrément, donc tout est bien encadré.

Enfin, nous organisons quatre conférences par an avec des professionnels de santé, des patients experts ou souhaitant simplement témoigner de leur pathologie. Cela permet d’aborder tous les aspects de la maladie et de ne pas rester uniquement centré sur la théorie.

 

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Parvenez-vous facilement à mobiliser les étudiants et les professionnels de santé ?

E.G : Lorsque l’association est née, les débuts ont été compliqués. Il existe certains clichés autour des études de médecine, notamment celui d’un milieu très tourné vers la fête. Malheureusement, c’est (en partie) une réalité. 

Les associations pédagogiques de la faculté ont des difficultés à attirer du monde. Mais, ces dernières années, le phénomène s’est inversé. Nous commençons vraiment à nous imposer. Beaucoup d’étudiants nous rejoignent et les médecins acceptent volontiers de participer.

 

Comment expliquez-vous cette évolution ? Est-ce lié à une meilleure connaissance de l’association ou à un changement de mentalité ?

E.G : Je pense qu’il y a surtout eu une évolution dans la manière dont l’association est gérée. Les équipes précédentes étaient peut-être davantage renfermées sur elles-mêmes. Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus ouverts à des projets en commun avec d’autres associations.

Je ne sais pas si les nouveaux étudiants sont nécessairement plus tournés vers l’humanitaire, mais nous essayons de les sensibiliser davantage.

 

«  L’humain doit être la base de la médecine. Il ne faut pas seulement soigner une pathologie. »

 

Avez-vous le sentiment que les médecins et les étudiants en médecine sont suffisamment concernés par les questions de solidarité ?

E.G : Auparavant, les médecins et étudiants pouvaient avoir une vision centrée sur la pratique seule. Aujourd’hui, les notions de solidarité et d’empathie sont beaucoup plus présentes. Nous avons notamment des cours consacrés à la manière d’« être médecin ». Ils cherchent à réintroduire davantage d’humanité dans la pratique.

Notre but est de jouer un rôle dans cette transformation. De gros efforts sont en tout cas déployés pour faire changer les choses.

 

Selon vous, est-il primordial, dès le début des études, de développer cette ouverture aux autres, l’écoute et l’empathie envers les patients ?

E.G : L’humain doit être la base de la médecine. Il ne faut pas seulement soigner une pathologie. Nous nous sommes trop éloignés de l’idée fondatrice de la médecine mais nous y revenons. L’empathie et la solidarité sont des valeurs fondamentales, intrinsèques à la pratique médicale. Elles ne devraient surtout pas en être séparées. 

Ces cours sont néanmoins assez récents et évoluent chaque année. Il y a de plus en plus de témoignages de patients et c’est, à mon sens, ce qui est le plus intéressant.

Il faudrait poursuivre dans cette direction, avec davantage de témoignages, pour montrer que les patients existent au-delà de leur maladie. C’est un processus qui prend du temps, mais je pense que, dans quelques années, le dispositif pourra devenir optimal.

 

« Grâce à ces témoignages, nous prenons conscience de la difficulté de l’épreuve, aussi bien pour eux que pour leurs proches et leurs aidants. »

 

Votre engagement au sein d’Empathex a-t-il changé votre vision de la médecine et des patients ?

E.G : Oui, il est important de prendre conscience de ce que vivent réellement les patients.

Lors de nos conférences, nous avons entendu des témoignages très poignants sur des pathologies dont nous ne soupçonnions pas nécessairement les conséquences. Dans les cours de médecine pure, nous n’avons pas cette dimension. Nous ne voyons pas le ressenti des patients. Grâce à ces témoignages, nous prenons conscience de la difficulté de l’épreuve, aussi bien pour eux que pour leurs proches et leurs aidants.

 

Craignez-vous que le rythme effréné de l’hôpital vous fasse perdre cette proximité avec les patients ?

E.G : Complètement. Je pense que beaucoup d’étudiants partagent cette crainte. Nous avons une vision parfois idéalisée de la manière dont nous aimerions exercer. Mais nous savons que, dans la réalité, nous pourrons nous retrouver face à trop de patients, avec la nécessité d’aller vite tout en travaillant correctement.

Il existe forcément cette peur de ne pas en faire suffisamment et de ne pas être assez présent. J’espère que ce que nous faisons ne sera pas vain et qu’à long terme, cela contribuera à changer profondément les pratiques.

 

Avez-vous d’autres projets en cours ou à venir ?

E.G : Les nouveaux projets que nous portons ne sont généralement pas construits seuls. Ils naissent de collaborations.

Nous avons par exemple travaillé avec une association audiovisuelle de la faculté pour réaliser de petits films de prévention.

De nombreux projets se construisent de cette manière : des personnes viennent nous voir, ou nous allons à leur rencontre, puis nous développons ensemble une idée.

Nos actions plus anciennes existent quant à elles depuis plusieurs années. Elles sont désormais bien installées et nous les reconduisons chaque année.

 

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Un dernier message ?

E.G :  Il ne faut pas oublier l’humanité qui se trouve derrière la médecine. La théorie est importante, mais il y a toujours des patients, des hommes et des femmes avant tout.

Il est essentiel de voir la médecine au-delà de la théorie. Ce type d’engagement permet aussi de créer de bons souvenirs et de se sentir plus proche de l’hôpital, notamment parce que l’on y va plus fréquemment.

Je trouve également important d’essayer de se sentir utile au quotidien. Nous ne sommes pas l’association qui organise des soirées et nous ne sommes pas celle qui réunit le plus de monde. Mais nous savons que les projets que nous portons sont importants, qu’ils nous tiennent à cœur et qu’il y a quelque chose de concret derrière.

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