© Pour le meilleur de Marie-Castille Mention-Schaar
L’histoire vraie de Philippe Croizon qui, amputé des quatre membres suite à une grave électrocution et porté par l’amour de sa compagne, s’est préparé pendant trois ans pour réussir la traversée de la Manche à la nage. Et y est parvenu.
La filmographie de Marie-Castille Mention-Schaar suit un fil directeur de plus en plus évident, et qui va au-delà de la transposition, souvent appliquée, des histoires vraies qui la touchent. Entre une classe de terminale en ZEP qui réussit un concours national d’Histoire, un homme trans qui décide d’interrompre sa transition pour porter l’enfant que sa compagne ne peut avoir, ou une jeune femme de banlieue qui fonde avec sa sœur un orchestre symphonique, il s’agit avant tout de saisir des trajectoires hors du commun, de traquer l’exploit issu de l’apparente normalité tout en rendant sa part de normalité à l’exception, au sein d’univers favorisant plus souvent la prédestination que le dépassement.
Philippe Croizon est interprété par un Pierre Rabine bourré de charme
Souvent solaires, parfois dans une dimension plus sombre, comme en témoigne son film sur les jeunes filles converties à l’Islam et radicalisées sur Internet, ces destins exceptionnels au sens premier du terme constituaient souvent le vecteur d’un message dont la force était contenue par la sobriété de la réalisation ainsi que le caractère résolument ordinaire des environnements et de l’entourage des protagonistes. Pour le meilleur reprend les ingrédients de cette recette devenue classique, mais l’on notera que l’intensité de l’exploit décrit est inversement proportionnelle à celle du sous-texte, bien peu complexe voire assez lénifiant.
Le film ne manque pas d’atouts. Philippe Croizon est interprété par un Pierre Rabine bourré de charme, lui-même nageur handisport. Quant à sa compagne, Susana, Lilly-Fleur Pointeaux lui prête sa fraîcheur et son énergie, armée d’un naturel évoquant le charisme des actrices américaines de comédie - on pense notamment à Jennifer Lawrence. C’est aussi parce que ce couple est si convaincant que l’on est déçus que le scénario reste en surface du déroulé des faits, faisant plus songer à une simple commande qu’à une volonté d’aller fouiller ce qu’il révèle comme ce qu’il tait.
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L’intérêt du spectateur n’est ainsi jamais privilégié. Que ce soit l’aspect technique de l’entraînement comme de la traversée proprement dite - qui semblent lasser ou dépasser la réalisatrice - ou les thématiques plus sociétales - et il y avait le choix : validisme, violences conjugales… - tout est narré et ressenti sur le même plan. Les difficultés décrites sont comme vidées de leur dimension psychologique, alors que le moindre obstacle franchi semble permis par une action volontiers héroïsée voire hystérisée de l’un des deux protagonistes.
Il est dommage de voir une réalisatrice engagée renoncer peu à peu à la dimension politique qui a fait sa marque de fabrique. Ce film avait pourtant tout pour lui permettre de l’y apposer. Et notre époque ô combien tourmentée le lui intimait presque. Peut-être aussi l’en a-t-elle détournée…