Déserts médicaux : les députés appelés à préférer le bâton à la carotte

Philippe Vigier défend sa proposition controversée

Philippe Vigier, député centriste d’Eure-et-Loir, dépose aujourd’hui une proposition de loi pour lutter contre les déserts médicaux. Sa mesure-phare : contraindre les jeunes médecins à exercer en zone sous-dotée pendant trois ans une fois leur diplôme en poche. Il répond aux questions de What’s up Doc.

 

What’s up Doc. Qu’est-ce qui vous amène à déposer cette proposition de loi ?

Philippe Vigier. Je pars d’un constat partagé sur tous les bancs politiques : la population française augmente, vieillit de plus en plus, et l’offre de santé disponible ne répond plus aux besoins. C’est un facteur d’inquiétude et un vrai problème d’égalité d’accès aux soins entre les habitants de ce pays, qui ne touche pas uniquement le monde rural mais également les villes et notamment Paris. C’est la troisième fois que je dépose un texte sur ce sujet,  car il faut agir.

WUD. Quelles sont vos propositions ?

PV. La régulation de l’offre de soins est pour l’instant restée cantonnée à des systèmes incitatifs, qui n’ont pas démontré leur efficacité et qui se sont avérés insuffisants. Il faut mettre en place un internat des régions, augmenter le numerus clausus pour qu’il prenne en compte les besoins de santé de la population sur l’ensemble du territoire, et faire passer la durée du stage obligatoire des internes en ambulatoire de six à douze mois. Et s’il y a un péril sanitaire dans certaines zones, une mesure ultime : l’obligation pour les jeunes médecins de s’y installer pendant trois ans.

WUD. Comment ces zones seraient-elles identifiées ?

PV. Il suffit de regarder les cartes élaborées par l’ARS. Dans ma région, seule la ville de Tours ne souffre pas de désertification médicale.

WUD. Que dîtes-vous aux jeunes médecins qui ne veulent pas se voir contraints de s’installer là où ils ne l’ont pas choisi ?

PV. Je les comprends, j’ai beaucoup parlé avec eux, je les ai écoutés. S’ils ont de meilleures propositions, je suis preneur. Mais ils me répondent que c’est compliqué, qu’il faut mettre l’accent sur la formation, et que ça ira mieux dans dix ans.

WUD. N’avez-vous pas peur de décourager les vocations avec une mesure si contraignante ?

PV. Aujourd’hui, neuf jeunes médecins sur dix font le choix du public ou du parapublic. On a déjà découragé les vocations et tout fait pour casser l’attractivité de la médecine libérale !

WUD. Pensez-vous que cette fois sera la bonne, et que votre loi va enfin passer ?

PV. Chacun prendra ses responsabilités. Si les députés adoptaient au moins un ou deux points de ma proposition de loi, ce serait déjà une avancée.

WUD. Etes-vous déjà prêt à déposer une quatrième proposition de loi ?

PV. On n’en est pas encore là.

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Mise à jour du 18 novembre. La proposition de loi a été rejetée par la commission des affaires sociales, mais poursuivra tout de même sa route avec un examen en séance publique le jeudi 24 novembre.

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Propos recueillis par Adrien Renaud

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