Dénonciations des violences conjugales : "C’est le retour du paternalisme en médecine"

Lors de la restitution des mesures retenues par le Grenelle contre les violences conjugales, le groupe de travail justice a proposé de permettre aux médecins de dénoncer des cas sans l’accord de la victime. Deux semaines plus tard, 35 médecins signent une tribune dans L’Obs pour dénoncer cette volonté de revenir sur le secret médical. What’s up Doc a contacté Gilles Lazimi, médecin généraliste, professeur associé en médecine, l’un des initiateurs de la tribune et Emmanuel Piet, médecin de PMI et présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV), pour revenir sur cette tribune. Une mesure qu’ils jugent “dangereuse”.

What's up Doc. Pourquoi dénoncer des faits de violences conjugales sans l’accord de la patiente vous pose-t-il problème ?

 Gilles Lazimi. C’est le retour du paternalisme en médecine. On va dire à des femmes victimes de violences, donc en situation de fragilité, que l’on peut décider pour elles, contre leur volonté. C’est insensé. 
 
Emmanuel Piet. Cette mesure déplace le regard de la justice vers le corps médical. Certaines femmes ne sont autorisées à quitter le domicile que pour consulter un.e médecin. Nous, les médecins, pouvons les accompagner, les épauler, garder des preuves de cette violence. Mais aujourd’hui il n’y a pas de mise à l’abri ou de prise en compte de leur plainte par la justice. Et on nous dit que passer outre le secret médical va changer ça. C’est n’importe quoi. 
 

WUD. N’est-ce pas une façon de venir en aide aux victimes de violences ?

 
Gilles Lazimi. Non, pas du tout. Cette mesure est très dangereuse. Nous devons avancer avec nos patientes, et non contre elles. Cela fait quinze ans que nous répétons la même chose. Il est nécessaire de former les médecins, les agents de police et les magistrats. Nous attendions des mesures fortes et on nous propose une mesurette, une fausse bonne mesure. En revenant sur la base de notre métier, à savoir le secret médical, on va éloigner les femmes victimes de violences conjugales des cabinets médicaux. Quel est l’objectif de cette mesure ? Parce que à terme, ces femmes-là, nous ne les verrons plus.
 

Cette mesure est très dangereuse

Emmanuel Piet. Aujourd’hui, je fais des certificats pour des femmes victimes de violences, mais ces femmes ne sont pas écoutées, pas entendues. Ni par la justice, ni par la police. Les plaintes sont très souvent classées. Et elles, elles prennent le risque de mourir en dénonçant ses faits de violences. 
 

WUD. Dans ce cas, comment les médecins peuvent agir ?

 
Gilles Lazimi. On aimerait que tout s’arrête pour ces femmes. Qu’elles soient mises à l’abri, qu’elles soient écoutées. Mais aujourd’hui, nous savons que ce n’est pas le cas. Notre rôle est de soigner et d’accompagner.
 
Emmanuel Piet. C’est très simple. Nous demandons à ce que les médecins soient formés sur ces questions. La loi existe déjà et les médecins ne risquent rien s’ils dénoncent des violences avec l’accord de la patiente. Mais le problème, c’est qu’aujourd’hui je fais des certificats médicaux qui sont jetés à la poubelle par la justice. En quoi cette levée du secret médical pourrait changer cela ?
 

Portrait de Elodie HERVE

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