© Fédération Française de Football / Dr Good!
Invité de « L’intimiste », l’émission podcast de Michel Cymes, le responsable médical des Bleus reconnaît que le secret médical devient particulièrement difficile à préserver dans le football professionnel moderne.
Car lorsqu’un joueur se blesse en plein match, dans un stade de 60 000 personnes et sous les yeux de millions de téléspectateurs, la confidentialité du diagnostic est souvent déjà fragilisée par l’exposition publique de la blessure.
Mais les situations les plus sensibles sont ailleurs : dans les lésions moins visibles, les douleurs persistantes, les incertitudes sur l’aptitude à jouer, ou les informations que clubs et staffs aimeraient obtenir.
Franck Le Gall dit privilégier un cadre restreint : « Je laisse le joueur communiquer avec l’entraîneur sur la pathologie qu’il a », explique-t-il.
Examen devant 25 personnes
Cette frontière est pourtant difficile à tenir. Dans certains vestiaires, notamment à l’extérieur, Le médecin peut parfois être amené à examiner un joueur blessé sous les yeux de « 25 personnes ».
« C’est impossible de garder le secret médical » dans ces conditions, constate Franck Le Gall, qui dit essayer de « minimiser », de différer certains examens et de préserver autant que possible l’échange direct avec le joueur.
À l’approche de la Coupe du Monde de football, la relation avec le sélectionneur repose donc sur un équilibre de confiance. Pour Franck Le Gall, trois personnes doivent être au centre de la décision : le médecin apporte son évaluation, le joueur son ressenti et l’entraîneur le contexte sportif. Sans confiance entre ces trois acteurs, « c’est injouable ».
D’autant que, lorsqu’un joueur se blesse sur le terrain, la décision doit parfois être prise en quelques secondes. Le Doc' décrit une forme de « médecine de bistrot », où le dialogue direct l’emporte : le joueur a-t-il mal ? Se sent-il capable de continuer ? Le risque est-il acceptable ?
Mais même là, l’autorité médicale n’efface pas complètement la volonté de l'athlète ni le contexte du match. « Je ne peux pas imposer » une sortie contre la volonté d’un joueur, explique Franck Le Gall. « Je peux juste dire ce que je comprends de la situation » et transmettre cette évaluation à l’entraîneur.
Une zone grise qu’il assume, à condition que le risque soit mesuré et que chacune des parties ait en tête tous les enjeux.
Au milieu d’intérêts divergents
Autre terrain de frottement : la relation avec les clubs professionnels, où les joueurs internationaux passent la majeure partie de leur temps sportif.
« Les intérêts du club et les intérêts de la sélection sont complètement opposés », explique Franck Le Gall. Un club peut souhaiter préserver un joueur, tandis que la sélection veut savoir s’il peut être disponible.
D’où l’importance, selon lui, de disposer d’éléments objectifs (notamment les examens d’imagerie) et de voir le joueur lui-même, sans se limiter au discours de son environnement.
À ce titre, il est notamment revenu notamment sur la polémique du match France-Ukraine de septembre 2025, autour de la blessure de la star du Paris Saint-Germain Ousmane Dembélé.
Accusé à l’époque par le club champion d’Europe d’avoir ignoré ses recommandations sur le risque de blessure du joueur, le médecin des Bleus récuse l’idée d’une prise de risque inconsidéré, affirmant avoir demandé au club des éléments objectifs, et organisé des IRM aux résultats « tout à fait normaux ».
Quant à la blessure en elle-même, le Dr Le Gall souligne qu’elle est survenue à la cuisse droite, alors que l’alerte initiale concernait la gauche, un point permettant de contester la lecture d’une faute médicale directe.
Pression sur les données
La multiplication des staffs personnels ajoute une couche supplémentaire à la difficulté du métier. Certains internationaux arrivent en sélection avec un kiné, un préparateur physique ou un programme de soins construit hors du cadre fédéral, expose-t-il.
Dans ce cas, le staff des Bleus ne ferme pas la porte à ces informations, mais les réévalue. « On se fait notre propre opinion, on fait notre examen clinique et ensuite on discute », explique Franck Le Gall.
Mais le point le plus sensible concerne les données médicales. Dans certains clubs, les « cellules performance », alimentées par la data, chercheraient à « faire pression » pour accéder à des informations relevant du dossier médical du patient-joueur.
Pour Franck Le Gall, la ligne rouge est claire : « C’est une pure violation du secret médical ». Lorsque cela arrive, « on s’arc-boute, on leur dit que c’est possible », insiste-t-il.
Après 14 ans passés aux côtés de Didier Deschamps, le Dr Le Gall a confirmé qu'il quitterait ses fonctions à l'issue de la Coupe du Monde, en même temps que le sélectionneur.
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