C’est un avion, c’est un oiseau, c’est un alien ?

Non, c'est le rasoir d’Ockham

Un squelette de 15 cm découvert en 2003 au Chili, au petit surnom d’Alien de l’Atacama, a enfin livré ses secrets. Quand la science démonte les théories spatiales, on revient sur terre.

Les doux rêveurs devront encore attendre avant que soit confirmé un premier contact avec E.T. et ses cousins. Depuis quinze ans, l’Alien de l’Atacama – surnommé Ata – intrigue tous ceux qui ont pris au sérieux X-Files, et qui veulent croire. Mais pas seulement ! Il suscite également l’intérêt de quelques scientifiques, dont un en particulier, Garry Nollan.

Le professeur de microbiologie et d’immunologie, qui dirige un laboratoire à l’Université de Stanford (États-Unis), s’est lancé il y a cinq ans dans l’analyse de ce minuscule squelette semi-momifié, à l’apparence étrange. Le 22 mars, le couperet est tombé : c’est bien un humain, avec des anomalies génétiques. Mais une part de mystère plane encore…

Une fille de huit ans qui mesure 15 cm ?

Un squelette de quinze centimètres de long, une morphologie crânienne et orbitale plus que perturbante, dix côtes au lieu de douze… Le tout retrouvé dans un sac, au coeur d’une ville abandonnée du désert de l’Atacama (Chili). La découverte a de quoi susciter les fantasmes. Lorsqu’il a entendu parler de l’histoire par un ami et vu des photos du corps, le Pr Nolan a proposé ses services pour dénouer les fils du mystère.

Dans un premier temps, il a cru que le spécimen était vieux de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers d’années. Une hypothèse plausible avec le climat très sec du désert de l’Atacama. En réalité, le bon état de conservation de son ADN laisse penser qu’il ne pourrait dater que d’une quarantaine d’années. Et qu’il s’agit bien d’un humain !

Après une première étude réalisée en 2013, le mystère s’est épaissi. Les radios effectuées ont montré que les cartilages de croissance de l’épiphyse proximale ressemblaient à ceux d’un enfant de 6 à 8 ans… Deux hypothèses se sont alors dégagées. La plus improbable : l’enfant, une fille, aurait été atteinte d’un nanisme sévère, et aurait survécu quelques années, ne dépassant pas la taille de 15 cm. La seconde, à peine plus convaincante, suggère qu’il s’agirait en fait d’un foetus qui aurait souffert d’une maladie accélérant le vieillissement, comme la progéria, en plus de nombreuses malformations.

Tout s’explique

Après cinq années de recherches génétiques approfondies, le Pr Nolan a publié un article dans la revue Genome research pour présenter ses conclusions. Il a détecté plusieurs anomalies liées à des gènes liés au développement osseux… dont certaines n’avaient jamais été décrites auparavant. « Dans ce cas, nous sommes assez sûrs de nous lorsque nous affirmons que plusieurs anomalies se sont conjuguées », explique le Dr Atul Butte, co-auteur de l’étude.

Au total, plus de trois millions de variations génétiques ont été observées chez l’Alien de l’Atacama par rapport au génome humain de référence. Plus de 500 000 insertions et délétions, et plus de 1000 variations structurelles. Ces altérations se concentrent sur sept gènes (COL1A1, COL2A1, KMT2D, FLNB, ATR, TRIP11, PCNT), associés à des maladies affectant la taille, générant des anomalies au niveau des côtes, des malformations du crâne, des fusions articulaires et de l’ostéochondrodysplasie. Un bon cocktail qui explique le phénotype très particulier du squelette.

Reste à savoir ce qu’Ata faisait dans un petit sac dans cette ville au milieu du désert, et ce qui a causé ces anomalies génétiques. « Nous ne pouvons que spéculer sur ces mutations dans le génome d’Ata, mais comme il a été trouvé à La Noria, l’une des nombreuses mines de nitrates de l’Atacama, cela suggère une possible exposition prénatale au nitrate dans l’altération de l’ADN », suggèrent les chercheurs dans leur article. L’origine de l’Alien de l’Atacama est donc « d’origine purement terrienne ». Dommage…

Crédit photo : E. Smith/Bhattacharya et al.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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