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Ces études ont menées dans le cadre d’un programme de recherche coordonné par la Drees, le service statistique du ministère de la Santé, et la Fondation MNH, une fondation d’entreprise portée par la Mutuelle nationale des hospitaliers, qui finance et soutient des travaux sur la santé des professionnels de santé.
Les soignants présentent ainsi 30 % de cancers cutanés supplémentaires par rapport aux autres actifs, selon l'une de ces études menée par les Hospices civils de Lyon sur plus de 193 000 professionnels suivis sur plusieurs années. Les techniciens non médicaux affichent, eux, jusqu’à « 50 % de cancers du poumon en plus ».
Les troubles musculo-squelettiques (TMS) touchent également fortement certaines professions. Près de 40 % des aides-soignants de plus de 50 ans souffrent de douleurs aux membres supérieurs, selon une autre étude portée par le CHU de Rouen. Un taux qui atteint 45 % chez les agents de service hospitaliers du même âge.
Accumulation au fil de la carrière
Les conditions de travail semblent peser sur la santé à différents moments de la vie professionnelle. Une analyse de plus de 34 000 grossesses de professionnelles de santé réalisée par le CHU de Toulouse montre que, dans les profils les plus exposés, le diabète gestationnel est deux fois plus fréquent que chez les moins exposés.
La délivrance d’antidépresseurs y est également presque doublée, tandis que les risques de prématurité apparaissent plus élevés dans les métiers combinant contraintes physiques et organisationnelles.
Pour Thomas Wanecq, directeur de la Drees cité dans un communiqué, ces résultats traduisent des réalités longtemps sous-estimées et « appellent à des travaux complémentaires », notamment sur les trajectoires professionnelles et les expositions spécifiques selon les métiers.
Ainsi, une enquête menée dans trois établissements distincts montre que la santé bucco-dentaire est largement négligée. Les aides-soignantes ne consultent un dentiste qu’en cas d’urgence ou de douleur, tandis que les infirmières, bien qu’informées des recommandations, peinent à les appliquer en raison notamment de contraintes organisationnelles.
Coût massif pour le système de santé
Au-delà des conséquences individuelles, la mauvaise santé des soignants représente un enjeu économique majeur. Selon une des études, intitulée VALORIS, le coût est estimé à 4,5 milliards d’euros pour l’année 2021 dans le secteur hospitalier, pour un taux d’absentéisme de 8 %.
Le phénomène de présentéisme – venir travailler malgré des problèmes de santé – est également pointé comme un facteur aggravant, associé à une dégradation de la qualité des soins.
Plan gouvernemental attendu
Face à ces constats, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé la présentation prochaine d’un plan dédié à la santé des professionnels de santé.
Celui-ci reposera sur quatre axes : accompagnement des soignants, renforcement de la prévention – notamment en santé mentale –, réduction des risques professionnels et intégration durable de cet enjeu dans les politiques publiques.
« Il nous faut maintenant changer d’échelle », a déclaré la ministre, ajoutant que « un professionnel de santé en bonne santé est un professionnel qui soigne mieux ».
Pour la ministre déléguée à l’Autonomie, Camille Galliard-Minier, « agir sur la santé des professionnels, c’est (…) améliorer la qualité de l’accompagnement des patients ».
Avec AFP