Autotest sida

Va-t-il mettre les médecins sur la touche ?

What's up doc a interviewé le Dr Michel Ohayon, directeur du centre de santé sexuelle le 190 à Paris. Il nous parle du rôle du médecin.

WUD Que pensez-vous de cet autotest ?

Michel Ohayon Foncièrement, l'autotest est un outil supplémentaire de dépistage dont on espère qu'il contribuera à la réduction de l'épidémie cachée. Environ 15% des personnes vivant avec le VIH ignorent leur infection et, bien qu'il soit difficile de savoir pourquoi (beaucoup de raisons possibles, beaucoup de profils différents), une partie d'entre elles a probablement redouté la confrontation à un professionnel à l'occasion d'un test.
D'une autre manière, l'autotest peut constituer un moyen pour une personne d'augmenter la fréquence de ses dépistages, ce qui est particulièrement adapté à ceux dont la sexualité les expose fortement au VIH.
Les autotests ont fait l'objet de pas mal d'expérimentations et les résultats sont d'autant plus intéressants qu'ils permettent de relativiser les craintes de certains professionnels quant à leur impact (augmentation des risques, échappement vers le soin, difficultés à gérer un résultat positif).

Quel sera le rôle du médecin après test du patient ?

Pour l'instant, c'est difficile à dire. Finalement, faire un autotest, c'est se mettre à distance des professionnels de santé, au moins dans un premier temps. Nul doute que les médecins seront sollicités en cas de résultat positif, mais il n'est pas certain que ce soit le médecin traitant qui soit alors en première ligne. Son rôle serait d'abord d'accueillir la nouvelle avec son patient et, bien entendu, de confirmer le résultat, d'évaluer l'urgence (surtout s'il s'agit d'une primo-infection).
Si le test est négatif, c'est plus compliqué car rien ne laisse imaginer que tous les usagers des autotests iraient en parler sur le champ à leur médecin. Si la question était abordée, je pense qu'il serait important de replacer le résultat dans une démarche plus globale de santé sexuelle : évaluation des vaccinations (hépatite B en premier lieu), évaluation des risques sexuels et proposition de dépistages complémentaires (syphilis, chlamydia etc. selon le type de sexualité du patient) et repérage de facteurs individuels de risque... Mais aussi réassurance face à quelqu'un qui a fait un test, négatif, et qui n'a aucune raison particulière de s'inquiéter plus avant.

Le médecin doit-il orienter ses patients à risque vers cet autotest ?

L'orienter, je ne sais pas. Face à un patient qui veut faire un test, la prescription d'un examen biologique classique en laboratoire reste la meilleure technique disponible, en particulier en cas de risque récent, et il permet en outre de compléter la batterie d'examens de dépistage.
Informer une personne qui redoute le test, qui le reporte, qui ne l'a jamais fait, sur cette possibilité est par contre très pertinent.
N'oublions pas qu'il s'agit d'une démarche auto-administrée par l'usager.
L'important est qu'il puisse connaître cette possibilité, cela entre dans notre rôle d'information et d'éducation à la santé.

Puisque la vérification des résultats se fera toujours au laboratoire, quel est le réel intérêt de l’autotest ?
Est-ce que cela peut faciliter la prise en charge par le médecin ?

Ne nous voilons pas la face ; il est dit partout que tout test doit faire l'objet d'une vérification mais je doute que grand monde se précipite au laboratoire pour contrôler un résultat négatif. Certains le feront, en particulier ceux qui ont reporté l'occasion et qui se sentiront plus forts pour aller, cette fois, parler à leur médecin de leurs risques sexuels. On espère qu'un test négatif pourra débloquer certaines craintes. Mais il est probable que dans de nombreuses situations, le test ne sera pas contrôlé, du moins pas immédiatement.

C'est ce débloquage qui peut, à mon sens, permettre d'aborder avec le médecin des choses auparavant mises sous le tapis. Si nous tendons la perche en évoquant la possibilité d'avoir déjà eu recours à un autotest devant un patient, cela peut aussi libérer une parole.

En cas de test positif, en revanche, le premier contact sera forcément différent de celui qui entoure l'annonce d'un test positif au cabinet. La question de l'annonce et de la réaction immédiate ne se pose pas et il est possible de travailler directement sur les émotions de la personne comme sur la manière dont on pourra envisager la suite. Ce n'est pas  moins difficile, mais ce contexte permet au médecin de rapidement proposer un cadre qui aidera son patient à surmonter l'angoisse qui accompagne toujours une découverte de séropositivité.

Source: 

Cécile Lienhard

Portrait de La rédaction

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