«À 48 ans, enseignante, j’ai décidé de retourner à la fac pour devenir médecin dans mon village en Creuse»

Sophie Noguet étudiante en médecine à 48 ans

La galère de trop : un gros souci de santé et deux heures de route pour voir un médecin. Alors Sophie Noguet, 48 ans, enseignante, a repris le chemin de la fac pour suivre des études de médecine et un jour s'installer dans son village de Faux-La-Montagne (Creuse), sur le plateau de Millevaches.

C’était il y a plus de deux ans. Dans sa grande maison au cœur du bourg de ce village de 400 habitants, la professeure de SVT et d’arts plastiques parle aujourd’hui d’un déclic.

"J’ai toujours eu envie de me former dans la médecine d’urgence mais je me suis rendu compte qu’il fallait aller plus loin dans cette idée", dit la Creusoise d’adoption qui avait déjà mûri l’idée de quitter l'enseignement, mais s'est retrouvé une vocation en étant confrontée à la désertification médicale.

"Alors, j’ai repris le chemin de la fac, celle de Limoges, tout en conservant mon poste de professeure à temps partiel", dit-elle.

Retour à l’université à 48 ans, non sans un certain détachement. "Je suis la seule vieille de la fac et je pourrais être la mère de mes camarades ! Il a fallu que je me mette à jour sur quelques trucs informatiques", sourit-elle.

Le rythme cours-révisions-examens avait en fait presque manqué à cette normalienne de l’ENS Lyon. "J’ai déjà passé près de dix ans de ma vie à étudier. J’adore ça, donc les études de médecine ne me font pas peur. Par contre, c’est sûr que je n’aurai pas beaucoup de retraite… ", glisse, avec un large sourire, la multi-diplômée en biologie moléculaire et cellulaire.

Après un petit calcul, la désormais étudiante en troisième année de médecine sait qu’elle ne va pas raccrocher la blouse de sitôt. "Si tout se passe bien, je serai diplômée à 56 ans et j’ai des amis médecins qui ont arrêté à 73 ans, donc ça me semble pas mal. Ça fera quinze ans d’exercice".

Les jeunes futurs médecins n’ont pas envie de s’installer à la campagne, donc le désert médical ne va faire qu’avancer

L’installation se fera tout naturellement dans son petit village. Les généralistes sont en voie de disparition autour de Faux-la-Montagne, à cause des départs à la retraite difficilement remplaçables.

"Je vois bien à la fac qu’il y a un sérieux problème. Les jeunes futurs médecins n’ont pas envie de s’installer à la campagne donc, le désert médical ne va faire qu’avancer. Tous les jours, je passe devant des panneaux recherche médecin", dit-elle.

À sa petite échelle, cette "professeure bonne patte" s’engage pour la Creuse. Ce département est classé au dernier rang en matière de présence médicale par l’Observatoire-Place de la Santé (Mutualité Française) publié fin 2020 sur les inégalités d'accès aux soins.

Ce territoire, la Provençale l’habite depuis 2014 après l’avoir apprécié de nombreux étés en compagnie de ses camarades de l’ENS : "C’est un département magnifique qui mérite qu’on se bouge pour faire avancer les choses. Ce n’est pas normal de devoir attendre des semaines avant d’avoir un rendez-vous chez le généraliste. Cela ne va pas motiver les gens à venir vivre en Creuse".

Elle est venue seule au cœur du Limousin et l’est encore. Une situation compatible avec sa nouvelle ambition, dit-elle, "si j’avais eu des enfants, j’aurais sans doute eu beaucoup de mal à me lancer dans cette aventure".

Sophie Noguet apprend de nouveau aujourd’hui mais aime transmettre aux futures générations à sa manière. Après plusieurs années d’enseignement au collège de Bourganeuf, elle va se mettre en disponibilité à la rentrée pour se consacrer pleinement à ses études et surtout aux stages obligatoires.

Un choix partagé avec ses élèves, qu’elle pourrait bien recroiser à la fac. "Certains veulent faire médecine, alors j’espère que cela va les motiver si je leur montre que c’est possible d’y arriver à mon âge".

Avec AFP

 

 

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