Vaccination des infirmiers : « il faut arrêter le soignant bashing »

L’obligation vaccinale. La rumeur court et les bruits de couloir s’accentuent. Faut-il rendre obligatoire la vaccination pour les soignants ? Sont-ils réfractaires à la vaccination ? Entretien avec Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers, SNPI qui appelle à arrêter le « soignant bashing ».

On parle de 30% de soignants vaccinés. Pour Thierry Amouroux, ce chiffre ne doit pas servir pour autant à critiquer le monde infirmier. « C’est facile de se réfugier derrière ce ‘soignant bashing’ pour masquer l’incapacité à vacciner la population dans les temps », entame le porte-parole du SNPI.

« L’autre problème de la vaccination, c’est que tous les vaccins ne se valent pas. Avec AstraZeneca, dès les données fournies par les fabricants, on parlait d’une efficacité à 70%, quand par exemple Pfizer parle de 94%. 70%, c’est correct pour un vaccin classique mais pour un soignant si on dit ‘voici le moins efficace des 3, et il sera pour les soignants’ ce n’est pas acceptable. Puis à cela doit venir se rajouter la question des variants. Face au variant Sud-Africain, AstraZeneca serait efficace à 22%. En France, en Moselle, 50% des cas de Covid sont des variant Sud-Africain. Donc on dit aux soignants de Moselle, que leur vaccination est efficace à 22% et ça ne pose de problème à personne ».

Qu’en est-il d’une défiance vaccinale ? « Les soignants sont le reflet de la population. Donc il y une minorité de gens anti-vax. Mais on a l’exemple d’Israël, 80 soignants ont refusé de se vacciner dans un hôpital de 6 000 agents, ou encore de l’Angleterre où 90% des soignants vaccinés ». Il rappelle également de ne pas oublier que 70 000 hospitaliers et 55 000 soignants en Ehpad ou IME ont eu le Covid. « On leur a dit d’attendre 6 mois pour se faire vacciner et de recevoir une injection unique. Quelques dizaines de milliers de soignants ne sont pas encore dans les 6 mois. Et à côté de ça, il y a des difficultés à se faire vacciner. Ce n’est pas parce que l’on est soignant qu’on peut avoir une injection demain, il faut s’inscrire attendre sa place etc. C’est insupportable de dire que c’est question de volonté ».

Quant à la question de l’obligation vaccinale, pour Thierry Amouroux, ce serait un acte contre-productif. « Il nous semble important que chaque soignant soit vacciné pour protéger ses patients mais aussi pour l’exemplarité. Or, cela ne fonctionne que si c’est volontaire. ‘Si je dis à quelqu’un, vaccinez-vous je l’ai fait’, sa réponse sera que je n’avais pas le choix, et que si c’est obligatoire, c’est qu’on ne voulait pas. C’est au contraire une mesure qui renforcerait le complotisme ».

Vacciner ou prescrire : les infirmiers ne veulent plus choisir

« Une ligne dans un décret ». Voilà ce qu’il faudrait pour que les infirmier.e.s puissent prescrire le vaccin contre la Covid, à l’instar des pharmaciens. Permettre aux soignants de vacciner, c’est apporter de la souplesse à la campagne vaccinale, selon Thierry Amouroux. « Si le France est en retard, c’est parce que la technostructure est bien trop complexe. L’infirmière est formée à la vaccination en formation initiale, et elle en première ligne dans le combat contre la Covid dans 150 pays dans le monde », s’exclame-t-il.

« Pour accélérer la campagne, il ne suffit pas d’accorder des autorisations de vacciner à tout va. On ne manque pas de bras mais de vaccins. Il serait plus pertinent de développer des équipes mobiles, qui peuvent aller à la rencontre de leurs patients. Les infirmières connaissent déjà leurs patients, elles ont l’habitude de les vacciner contre la grippe et savent réagir en cas de problème. Ce serait un gain de temps et d’efficacité ».

 

 

 

Portrait de Constance Maria

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